‹ Fables (volume 4)Chapitre 43 sur 149 · LE COCHON, LA CHEVRE, ET LE MOUTON · texte numérisé non relu

LE COCHON, LA CHEVRE, ET LE MOUTON

Une chèvre, un mouton, avec un cochon gras, Montés sur même char, s'en alloient à la foire. Leur divertissement ne les y portoit pas ; On s'en alloit les vendre, à ce que dit l'histoire : Le charlon ' n'avoit pas dessein

* Charton ou cliareton, vieux mot pour charretier, voituiier.

M VUE VII!. iu

De les mener voir Tabariii ^

Dom pourceau crioit eu clicmiu Comme s'il avoit eu cent bouchers à ses trousses : C'étoit une clameur à rendre les gens sourds. Les autres animaux , créatures plus douces , Bonnes gens, s'étonnoient qu'il criât au secours;

Ils ne voyaient nul mal à craindre.

1a' cliarton dit au porc : Qu'as-tu tant à te plaiiulre? Tu nous étourdis tous: que ne te tiens-tu coi? Ces deux personnes-ci, plus honnêtes que toi, Devroient t'apprendre à vivre, ou du moins à le tair^' : liegarde ce mouton; a-t-il dit un seul mot?

Il est sage. Il est un sot, ilepartit le cochon : s'il savoit sou affaire. Il crieroit, comme moi, du haut de son gosier;

Et cette autre personne honnête

' Tabarin étoit le bouffon ga[fé d'un nonnné Monclor, vendeur de baume et d'onguent, qui avoit établi son théâtre sur la place du Pont-Neuf, du coté de la place Dauphine, au comniencen.ent du dix-septième siècle. Les farces comiques et ordurières qui y furent jouées eurent un succès prodlfrieux, et servirent à duper et à divertir la cour et la ville. Tabarin en acquit une telle célébrité qu'on imprima ses lazzi, et que ce recueil eut six éditions ; il est intitulé Recueil général et fantaisies de Tabarin, divisé en deux parties , etc. Paris, 1625. Cette fable de La Fontaine et quelques vers de Boileau ont procuré à Tabarin une sorte d'immortalité qu'il n'auroit pas obtenue par son insipide recueil et par son ig^noble talent.

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Crieroit tout du haut de sa tête.

Ils pensent qu'on les veut seulement décliar(>er, La chèvre de son lait, le mouton de sa laine :

Je ne sais pas s'ils ont raison;

Mais quant à moi , qui ne suis bon

Qu'à manger, ma mort est certaine.

Adieu mon toit et ma maison.

Dom pourceau raisonnoit en subtil personnage : Mais que lui servoit-il? Quand le mal est certain, La plainte ni la peur ne changent le destin; Et le moins prévoyant est toujours le plus sage.

FABLE XIII

TIRCIS ET AMARANÏF,.

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