‹ Fables (volume 4)Chapitre 44 sur 149 · POUR MADEMOISELLE DE SILLERY · texte numérisé non relu

POUR MADEMOISELLE DE SILLERY

J'avois Ésope quitté, Pour être tout à Boccace :

Mais une divinité Veut revoir sur le Parnasse Des fables de ma façon.

Or, d'aller lui dire, Non, Sans quelque valable excuse , Ce n'est pas comme on en use Avec des divinités ,

LlVRi: VIII. 69 SurloLit (juand ce sont de celles Que la qualité de belles Fait reines des volonlés.

Car, afin que Ton le sache, C'est Sillery qui s'attache A vouloir que, de nouveau.

Sire loup, sire corbeau.

Chez moi se parlent en rime.

Qui dit Sillery dit tout :

Peu de (|ens en leur estime Lui refusent le haut bout; Comment le pourroit-on faire?

Pour venir à notre affaire.

Mes contes, à son avis.

Sont obscurs : les beaux esprits

N'entendent pas toute chose.

Faisons donc quelques récits

Qu'elle déchiffre sans glose :

Amenons des bergers ; et puis nous rimerons Ce que disent entre eux les loups et les moutons.

Tircis disoit un jour à la jeune Amarante :

Ah ! si vous connoissiez comme moi certain mal

Qui nous plaît et qui nous enchante.

Il n'est bien sous le ciel qui vous parut égal !

Souffrez qu'on vous le communique ;

Croyez-moi, n'ayez point de peur :

Voudrois-je vous tromper, vous, pour qui je me pique

Des plus doux sentiments que puisse avoir uu cœur?

Amarante aussitôt réplique :

Conmnentrappelez-vous, cernai? quel est son nom ? — L'amour. — Ce mot est beau ! dites-moi quelques maripies A quoi je le pourrai connoître : que sent-on? — Des peines près de qui le plaisir des monarques Kst ennuyeux et fade : on s'oublie, on se plaît

Toute seule en une foret.

Se mire-t-on jirès d'un riva^je, Ce n'est pas soi qu'on voit ; on ne voit qu'une ima{je Qui sans cesse revient, et qui suit en tous lieux ;

Pour tout le reste on est sans yeux.

Il est un ber(}er du village Dont l'abord, dont la voix, dont le nom faitroiqjir :

Ou soupire à sou souvenir; On ne sait pas pourquoi, cependant on soupire; On a peur de le voir, encor fpi'on le désire.

Amarante dit à l'instant :

Oh ! ob ! c'est là ce mal que vous me prêchez tant ! il ne m'est pas nouveau: je pense le connoître.

Tircis à son but croyoit être, Quand la belle ajouta : Voilà tout justement

Ce que je sens pour Clidamant.

L'autre pensa mourir de dépit et de honte.

Il est force gens comme lui.

Qui prétendent n'agir que pour leur propre compte, Et (jui font le marché d'autrui.

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