‹ Fables (volume 4)Chapitre 45 sur 149 · LES OBSÈQUES DE LA LIO>.\L · texte numérisé non relu

LES OBSÈQUES DE LA LIO>.\L

La femme du lion mourut ;

Aussitôt chacun accourut

Pour s'acquitter envers le prince 1).' certains compliments de consolation,

Qui sont surcroît d'affliction.

Il fit avertir sa province

Que les obsèques se feroient Un tel jour, en tel lieu: ses prévôts y seroicnt

Pour ré^jler la cérémonie,

Et pour placer la compagnie.

Jugez si chacun s'y trouva.

Le prince aux cris s'abandonna,

Et tout son antre eu résonna :

Les lions n'ont point d'autre temple.

On entendit, à son exemple, Rugir en leur patois messieurs les courtisans.

Je définis la cour, un pays où les gens, Tristes, gais, prêts à tout, à tout indifférents, Sont ce qu'il plaît au prince, ou, s'ils ne peuvent l'être. Tachent au moins Je le paroîlre.

Peuj^le caméléon, peuple singe du ma'lre ; On diroit qu'un esprit anime mille corps : C'est bien là que les gens sont de simples ressorts,

Pour revenir à notre affaire, Le cerf ne pleura point. Comment l'eut-il pu faire? Cette mort le vengeoit : la reine avoit jadis

Etranglé sa femme et son fils.

Bref, il ne pleura point. Un flatteur l'alla dire,

Et soutint qu'il l'avoit vu rire.

La colère du roi, comme dit Salomon, Est terrible, et surtout celle du roi lion ; Mais ce cerf n' avoit pas accoutumé de lire. Le monarque lui dit : Cliétif hôte des bois, Tu ris ! tu ne suis pas ces gémissantes voix! Nous n'appliquerons point sur tes membres profanes

Nos sacrés ongles : venez, loups.

Vengez la reine ; immolez, tous,

Ce traître à ses augustes mânes. Le cerf reprit alors : Sire, le temps des pleurs Est passé ; la douleur est ici superflue. Votre digne moitié, coucliée entre des fleurs,

Tout près d'ici m'est a])parue ;

Et je l'ai d'abord reconnue.

Ami, m'a-t-elle dit, garde que ce convoi, Quandje vais chez les dieux, ne t'oblige à des larmes. Aux champs élysiens j'ai goûté mille charmes, (conversant avec ceux qui sont saints comme moi.

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