LIVRE VI II
FABLE XIX
l'avam'age de la science.
Entre deux bourgeois d'une ville
S'émut' jadis un différent :
L'un étoit pauvre, mais habile ;
L'autre, riche, mais ignorant.
Cehii-ci sur son concurrent
Vouloit emporter l'avantage :
Prétendoit que tout homme sage
Etoit tenu de l'honorer.
C'étoit tout homme sot : car pourquoi révérer
Des biens dépourvus de mérite?
La raison m'en semble petite.
Mon. ami, disoit-il souvent Au savant,
Vous vous croyez considérable :
Mais, dites-moi, tenez-vous table?
(^ue sert à vos pareils de lire incessamment^? Ils sont toujours logés à la troisième chambre -^,
' Survint , s'éleva.
" Sans cesse.
C'e6t-,-i-(Hre au tioisièinc claje.
84 lABLES.
Vêtus au mois de juiu comme au mois de décembre, Ayant pour tout laquais leur ombre seulement.
La république a bien affaire
De gens qui ne dépensent rien !
Je ne sais d'homme nécessaire Que celui dont le luxe épand beaucoup de bien. jNous en usons, Dieu sait! notre plaisir occupe L'artisan, le vendeur, celui qui fait la jupe , Et celle qui la porte, et vous, qui dédiez
A messieurs les gens de finance
De méchants livres bien payés.
Ces mots remplis d'impertinence
Eurent le sort qu'ils méritoient.
L'homme lettré se tut, il avoit trop à dire. La guerre le vengea bien mieux qu'une satire. Mars détruisit le lieu que nos gens habitoient :
L'un et l'autre quitta sa ville.
L'ignorant resta sans asile ;
Il reçut partout des mépris :
L'autre reçut partout quelque faveur nouvelle.
Cela décida leur querelle.
Laissez dire les sots : le savoir a son prix.
LIVIIK VI 11.
FABLE XX