‹ Fables (volume 4)Chapitre 51 sur 149 · JUPITRR ET LES TONNERRES · texte numérisé non relu

JUPITRR ET LES TONNERRES

Jupiter, voyant nos fautes,

Dit un jour, du haut des airs :

Remplissons de nouveaux hôtes

Les cantons de l'univers

Habités par cette race

Qui m'importune et me lasse.

Va-t'en, Mercure, aux enfers ;

Amène-moi la Furie

La plus cruelle des trois.

Race que j'ai trop chérie,

Tu périras cette fois !

Jupiter ne tarda guère

A modérer son transport.

0 vous, rois, qu'il voulut faire

Arbitres de notre sort.

Laissez entre la colère

Et l'orage qui la suit

T/intervalle d'une luiit.

Le dieu dont l'aile est légère Et la langue a des douceru's,

FABLI' s.

Alla voir les uoires sœurs.

A Tisiphone et Mégère Il préféra, ce dit-oii, L'impitoyable Aleclou.

Ce choix la rendit si fière, Qu'elle jura par Pluton Que toute l'eugeance humaine Seroit bientôt du domaine Des déités de là-bas.

Jupiter n'approuva pas Le serment de l'Euménide.

Il la renvoie ; et pourtant Il lance un foudre à l'instant Sur certain peuple perfide.

Le tonnerre, ayant pour guide Le père même de ceux Qu'il menaçoit de ses feux.

Se contenta de leur crainte; Il n'embrasa que l'enceinte D'un désert inhabité ; Tout père frappe à côté.

Qu'arriva-t-il? Notre engeance Prit pied sur cette indulgence.

Tout l'Olympe s'en plaignit; Et l'assembleur de nuages Jura le Styx, et promit De former d'autres orages :

Ils seroient surs. On sourit;

LIV1\K VIII. 87 On lui dit qu'il étoit père, Et qu'il laissât, pour le mieux, A quel(pi'uu des autres dieux D'autres tonuerres à faire.

Vulcaiii ^ entreprit l'affaire.

Ce dieu remjjlit ses fourneaux De deux sortes de carreaux-:

L'un jamais ne se fourvoie ; Et c'est celui que toujours L'Olympe eu corps nous envoie :

L'autre s'écarte en son cours ; Ce n'est qu'aux monts qu'il en coûte ; Bien souvent même il se perd ; Et ce dernier en sa route Nous viaut du seul Jupiter.

^ Var. La Fontaine, comme tous ses contemporains, t'ciit toujours Vidcan. Cette ortho[|raphe , plus conforme à l'étymolofrie , introduiroit dans ce vers une désagréable cacophonie.

2 Le carrel, ou Je carreau, ou quarriaii, éfoit une flèche fort gfrosse, dont le fer avoit la pointe trian(julaire. Les poètes ont fait de carreaux le synonyme àe foudres, et n'emploient ce mot qu'au phuiel. (W.)

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