LE FAUCON ET LE CHAPON
Une traîtresse voix bien souvent vous appelle ;
Ne vous pressez donc nullement :
Ce n'étoit pas un sot, non, non, et croyez-m'en,
Que le chien de Jean de Nivelle
Un citoyen du Mans, chapon de son métier,
Etoit sommé de comparoître
Par-devant les lares du maître.
Au pied d'un tribunal que nous nommons foyer. Tous les (}ens lui crioient, pour déguiser la chose :
> Allusion au proverbe qui dit : Il ressemble ait chien de Jean de Nivelle, qui s'enfuit quand on l'appelle. La Fontaine paroît avoir ignoré l'origine de ce proverbe, qu'on raconte de la manière suivante : Jean II, duc de Montmorency, voyant que la guerre alloit se rallumer avec Louis XI et le duc de Bourgogne, fit sommer à son de trompe ses deux fils, Jean de Nivelle et Louis de Fosseuse, de quitter la Flandre , où ils avoient des biens considérables, et de venir servir le roi : aucun des deux ne voulut se rendre à cette sommation. Leur père irrité les traita de chiens, et les déshérita. (W.)
LIVr, K VIII. SO Pr'lil, pt'lit, petit! niais, loin dr s'y lier, Le Normand et demi laissoit les {jens crier. Serviteur, disoit-il; votre appât est grossier:
On ne m'y tient pas; et pour cause.
Cependant un faucon sur sa perche voyoit
Notre Manseau qui s'enfuyoit.
Les chapons ont en nous fort peu de confiance,
Soit instinct, soit expérience.
Cehii-ci, qui ne fut qu'avec peine attrapé, Devoit, le lendemain, être d'un grand soupé. Fort à l'aise en un plat : honneur dont la volaille
Se seroit passée aisément.
L'oiseau chasseur lui dit : Ton peu d'entendement Me rend tout étonné. Vous n'êtes que racaille. Gens grossiers, sans esprit, à qui l'on n'apprend rien. Pour moi, je sais chasser, et revenir au maître.
Le vois-tu pas à la fenêtre?
Il t'attend : es-tu sourd? Je n'entends que trop hien. Repartit le chapon : mais que me veut-il dire, Et ce beau cuisinier armé d'un grand couteau?
Reviendrois-tu pour cet appeau?
Laisse-moi fuir ; cesse de rire De l'indocilité qui me fait envoler Lorsque d'un ton si doux on s'en vient m'appeler.
Si tu voyois mettre à la broche
Tous les jours autant de faucons
Que j'y vois mettre de chapons.
Tu ne me ferois pas un sendilaljle reproche.
FABLE XXTI.