‹ Fables (volume 4)Chapitre 58 sur 149 · LIVRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE IX

Crut pour ce coup que ses malheurs

Fiiiiroîent ])ar cette aveuture ; Mais un fripon d'enfant (cet âge est sans pitié) Prit sa fronde, et d'un coup tua plus d'à moitié

La volatile malheureuse , Qui , maudissant sa curiosité ,

Traînant l'aile, et tirant le pied,

Demi-morte , et demi-boiteuse ,

Droit au lo(îis s'en retourna :

Que bien, que mal, elle arriva

Sans autre aventure fâclieuse.

Voilà nos (jens rejoints; et je laisse à juger De combien de plaisirs ils payèrent leurs peines.

Amants, heureux amants, voulez-vous voyager?

Que ce soit aux rives prochaines.

Soyez-vous l'un à l'autre un monde toujours beau,

Toujours divers, toujours nouveau; Tenez-vous lieu de tout , comptez pour rien le reste. J'ai quelquefois aimé : je n'aurois pas alors,

Contre le Louvre et ses trésors , Contre le firmament et sa voûte céleste ,

Changé les bois , changé les lieux Honorés par les pas , éclairés par les yeux

De l'aimable et jeune bergère

Pour qui , sous le fils de Cythère , Je servis, engagé par mes premiers serments. Hélas ! quand reviendront de semblables moments!

110 FADLES.

Faut-il que tant d'objets si doux et si cliannants Me laissent vivre au gré de mon ame inquiète ! Ail ! si mon cœur osoit encor se renflammer ! IN'e scntirai-jc plus de charme qui m'arrête? Ai-je passe le temps d'aimer?

FABLE III

]a: singe et le léopard.

Le singe avec le léopard

Gagnoicul de l'argent à la foire.

Ils affîchoient ^ chacun à part.

L'un d'eux disoit : Messieurs, mon mérite et ma {;loirc Sont connus en bon lieu. Le roi m'a voulu voir;

Et si je meurs, il veut avoir Un manchon de ma peau: tant elle est bigarrée,

Pleine de taches, marquetée.

Et vergetée , et mouchetée !

La bigarrure plaît; partant ^ chacun le vit.

' Le singe et le Itopard, rnis en scène dans celte fable, sont derrière le rideau , et sont censés parler p:ir l'interincdiaire de leurs affiches respectives, ou des bateleurs (pii les montrent.

2 Par ce moyen.

LIVUE IX. m Mais ce fut bientôt fait; bientôt chacim sortit'. liC singe de sa part cUsoit : Venez, de grâce; Venez, messieurs : je fais cent tours de passe-passe. Cette diversité dont on vous parle tant, Mon voisin léopard Ta sur soi seulement: Moi, je l'ai dans l'esprit. Votre serviteur Gillc,

Cousin et gendre de Bertrand ,

Singe du pape en son vivant,

Tout fraîchement en cette ville Arrive en trois bateaux, exprès pour vous parler ; Car il parle, on l'entend: il sait danser, baller-,

Faire des tours de toute sorte , Passer en des cerceaux; et le tout pour six blancs : Non, messieurs, pour un sou ; si vous n'êtes contents. Nous rendrons à chacun son argent à la porte

Le singe avoit raison. Ce n'est pas sur l'habit Que la diversité me plaît; c'est dans l'esprit: L'une fournit toujours des choses agréables : L'autre, en moins d'un moment, lasse les regardants.

» Ceci vient à l'appui de ce que nous avons dit, que les deux animaux sont cachés, et ne parlent à l'assemblée que par l'or^jane de ceux qui les montrent.

2 Vieux mot qui vient de l'italien ballare, et qui signifie danser , se divertir.

3 Ceci confirme encore l'explication que nous avons donnée, et prouve que le singe au nom duquel on parle n'est pas en présence des spectateurs du dehors.

Oh ! que de (jraiidssci^jneurs, au léopard semblables, ÎS'ont que l'habit pour tous talents!

FABLE IV

LE GLA^Ï) ET JLA CITROUILLE.

Dieu fait bien ce qu'il fait. Sans en chercher la preuve En tout cet univers, et l'aller parcourant, Dans les citrouilles je la treuve.

Un villa{>eois, considérant Combien ce fruit est gros et sa tige menue : A quoi songeoit, dit-il, l'auteur de tout cela? H a bien mal placé cette citrouille-là!

Eh parbleu ! je l'aurois pendue

A l'un des chênes que voilà ;

(>'eut été justement l'affaire :

Tel fruit, tel arbre, pour bien faire.

C'est dommage, Garo^ , que tu n'es point entré Au conseil de celui que prêche ton curé ; Tout en eut été mieux: car pourquoi, par exemple. Le gland, qui n'est pas gros comme mon petit doigt.

' Ce nom comique n'est pas de l'invention de notre poêle; il est, dans Cyrano de Bergerac, donné a un des personnages du Perlant joué.

MVi;!-: IX. 118

Ne pend-il pas en eet endroit?

Dieu s'est mépris : pins je eontemplc Ces fruits ainsi placés, plus il semble à Garo

Que l'on a fait un quiproquo.

Cette réflexion embarrassant notre homme : On ne dort point, dit-il, quand on a tant d'esprit; Sous un chêne aussitôt il va prendre son somme. Un gland tombe : le nez du dormeur en pâtit. Il s'éveille ; et, portant la main sur son visage, 11 trouve encor le gland pris au poil du menton. Son nez meurtri le force à changer de langage. Oh ! oh ! dit-il, je saigne ! Et que seroit-ce donc S'il fût tombé de l'arbre une masse plus lourde,

Et que ce gland eiit été gourde?

Dieu ne l'a pas voulu : sans doute il eut raison :

J'en vois bien à présent la cause.

En louant Dieu de toute chose

Garo retourne à la maison.

l'ÉCOLIFR , LK PÉDANT, ET LE fli VITRE h US .TARDJN.

Certain enfant qui sentoit son collège , Doublement sot et doublement fripon

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