‹ Fables (volume 5)Chapitre 2 sur 73 · I. Mémoires · texte numérisé non relu

I. Mémoires

comédie désordonnée et quelque peu fantasque, mais dont tous les actes étaient amusants. Entre l'enterrement d'un premier ministre et celui d'une fourmi, j'imagine qu'il n'eût pas fait la différence, pas plus qu'il n'en mettait entre le dévouement dont il faisait preuve envers ses amis et le sans-gêne avec lequel il allait leur demander à dîner. Mais surtout les fleurs, les doux sons, les beaux jours ; la rive d'un clair ruisseau où il observe un oiseau buvant à fines gorgées ; le bord d'un bois, où il peut à loisir égarer ses pas et sa pensée, voilà de quoi son âme restait enchantée à jamais.

J'aime le jeu, l'amour, les livres, la musique, La ville et la campagne, enfin tout : il n'est rien

Qui ne me soit souverain bien, Jusqu'au sombre plaisir d'un cœur mélancolique*.

Avant le héros de Musset, il a été le Fantasio d'un monde où il n'était pas fait pour vivre, mais un Fantasio qui ne s'est pas ennuyé, — à moins qu'à l'ennui même il n'ait parfois trouvé du charme. C'est là, pensons-nous, qu'il faut chercher, en même temps que le secret de sa vie intime, celui de sa poésie : c'est par là qu'après plus de deux cents ans, cette poésie est restée si jeune, si fraîche, si personnelle, et qu'elle nous donne parfois l'idée, non plus d'un grand fabuliste, mais d'un grand poète lyrique, dans un siècle qui n'en eut pas d'autre.

Maurice MOREL.

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