‹ Fables (volume 5)Chapitre 23 sur 73 · A M. LE G. D. B · texte numérisé non relu

A M. LE G. D. B

VOTRE goût a servi de règle à mon ouvrage : J'ai tenté les moyens d'acquérir son suffrage. Vous voulez qu'on évite un soin trop curieux' Et des vains ornements l'effort ambitieux ; Je le veux comme vous : cet effort ne peut plaire. Un auteur gâte tout quand il veut trop bien faire. Non qu'il faille bannir certains traits délicats : Vous les aimez, ces traits ; et je ne les hais pas. Quant au principal but qu'Ésope se propose,

J'y tombe au moins mal que je puis.

Enfin, si dans ces vers je ne plais et n'instruis. Il ne tient pas à moi ; c'est toujours quelque chose.

Comme la force est un point

Dont je ne me pique point, Je tâche d'y tourner le vice en ridicule. Ne pouvant l'attaquer avec des bras d'Hercule. C'est là tout mon talent ; je ne sais s'il sufi6t.

Tantôt je peins en un récit La sotte vanité jointe avecque l'envie.

Deux pivots sur qui roule aujourd'hui notre vie.

Tel est ce chétif animal Qui voulut en grosseur au bœuf se rendre égal. J'oppose quelquefois, par une double image. Le vice à la vertu, la sottise au bon sens.

Les agneaux aux loups ravissants, La mouche à la fourmi ; faisant de cet ouvrage Une ample comédie à cent actes divers.

Et dont la scène est l'univers.

Hommes, dieux, animaux, tout y fait quelque rôle : Jupiter comme un autre. Introduisons celui Qui porte de sa part aux belles la parole' : Ce n'est pas de cela qu'il s'agit aujourd'hui.

I. Ces initiales désignent sans doute Monsieur le Chevalier de Bouillon, un parent de Turenne. — 3. Trop étudié. — 3. Mercure.

Page 1