‹ Fables (volume 5)Chapitre 46 sur 73 · I. Douces comme le miel. — 2. Elevés. — 3. Penchant nature · texte numérisé non relu

I. Douces comme le miel. — 2. Elevés. — 3. Penchant nature

Le jeu devint une querelle.

Le passereau, peu circonspect.

S'attira de tels coups de bec

Que, demi-mort et traînant l'aile.

On crut qu'il n'en pourrait guérir.

Le prince indigné fit mourir Son perroquet. Le bruit en vint au père. L'infortuné vieillard ^ crie et se désespère,

Le tout en vain, ses cris sont superflus ; L'oiseau parleur est déjà dans la barque" : Pour dire mieux, l'oiseau ne parlant plus Fait qu'en fureur sur le fils du monarque Son père s'en va fondre et lui crève les yeux. Il se sauve aussitôt et choisit pour asile

Le haut d'un pin : là, dans le sein des dieux, Il goûte sa vengeance en lieu sûr et tranquille. Le roi lui-même y court et dit pour l'attirer : Ami, reviens chez moi ; que nous sert de pleurer? Haine, vengeance et deuil, laissons tout à la porte.

Je suis contraint de déclarer,

Eucor que ma douleur soit forte.

Que le tort vient de nous ; mon fils fut l'agresseur ; Mon fils ! non ; c'est le Sort qui du coup est l'auteur. La Parque avait écrit de tout temps en son livre Que l'un de nos enfants devait cesser de vivre,

L'autre de voir, par ce malheur.

Consolons -nous tous deux, et reviens dans ta cage.

Le perroquet dit : Sire roi,

Crois-tu qu'après un tel outrage

Je me doive fier à toi?

Tu m'allègues le Sort : prétends-tu, par ta foi». Me leurrer de l'appât d'un profane langage*? Mais que la Providence, ou bien que le Destin

Règle les affaires du monde, Il est écrit là-haut qu'au f^îte de ce pm,

Ou dans quelque forêt profonde.

J'achèverai mes jours loin du fatal objet

Qui doit t'être un juste sujet De haine et de fureur. Je sais que la vengeance Est un morceau de roi ; car vous vivez en dieux.

I. Le visu.x perroquet. — 2. La barque de Caron, nocher des Enfers. — 3. J'en appelle à ta foi. — 4. D'un langage impie (comme celui que tu viens de tenir).

IIQ — LIVRE X

Tu veux oublier cette offense ; Je le crois ; cependant il me faut, pour le mieux.

Éviter ta main et tes yeux.

Sire roi, mon ami, va-t'en, tu perds ta peine :

Ne me parle point de retour ; L'absence est aussi bien un remède à la haine

Qu'un appareil' contre l'amour.

XII — La Lionne et l'Ourse.

MÈRE lionne avait perdu son faon* :

Un chasseur l'avait pris. La pauvre infortunée

Poussait un tel rugissement Que toute la forêt était importunée.

La nuit ni son obscurité, Son silence et ses autres charmes, De la reine des bois n'arrêtaient les vacarmes : Nul animal n'était du sommeil visité.

L'ourse enfin lui dit : Ma commère.

Un mot sans plus : tous les enfants Qui sont passés entre vos dents N'avaient-ils ni père ni mère? — Ils en avaient. — S'il est ainsi.

Et qu'aucun de leur mort n'ait nos têtes rompues*. Si tant de mères se sont tues.

Que ne vous taisez- vous aussi? — Moi, me taire ! moi, malheureuse !

Ah ! j'ai perdu mon fils ! il me faudra traîner

Une vieillesse douloureuse ! — Dites-moi, qui vous force à vous y condamner? — Hélas ! c'est le Destin qui me hait. — Ces paroles Ont été de tous temps en la bouche de tous.

Misérables* humains, ceci s'adresse à vous ! Je n'entends résonner que des plaintes frivoles. Quiconque, en pareil cas, se croit haï des cieux. Qu'il considère Hécube', il rendra grâce aux dieux.

I. Appareil de chirurgie (au figuré) pour cicatriser les blessures de l'amour. — 2. Terme improprement appliqué ici à un lionceau. — 3. Et si aucun d'eux (de ces pères et mères) ne nous a rompu la tête, en se plaignant de leur mort. — 4. Malheureux. — 5. Reine de Troie, qui vit périr, pendant cette guerre fatale, son mari, ses enfants et sa patrie.

FABLE XIII - ill

XIII — Les deux Aventuriers et leTalisman.

AUCUN chemin de fleurs ne conduit à la gloire.

Je n'en veux pour témoin qu'Hercule et ses travaux :

Ce dieu n'a guère de rivaux ; J'en vois peu dans la fable, encor moins dans l'histoire. En voici pourtant un, que de vieux talismans* Firent chercher fortune au pays des romans.

Il voyageait de compagnie.

Son camarade et lui trouvèrent un poteau

Ayant au haut cet écriteau :

« Seigneur aventurier, s'il te prend quelque envie « De voir ce que n'a vu nul chevalier errant,

« Tu n'as qu'à passer ce torrent ; a Puis, prenant dans tes bras un éléphant de pierre

« Que tu verras couché par terre, « Le porter, d'une haleine, au sommet de ce mont « Qui menace les cieux de son superbe front. » L'un des deux chevaliers saigna du nez^ Si l'onde

Est rapide autant que profonde.

Dit-il, et supposé qu'on la puisse passer. Pourquoi de l'éléphant aller s'embarrasser?

Quelle ridicule entreprise !

Le sage l'aura fait par tel art et de guise» Qu'on le pourra porter peut-être quatre pas : Mais jusqu'au haut du mont !' d'une haleine ! il n'est pas Au pouvoir d'un mortel ; à moins que la figure Ne soit d'un éléphant nain, pygmée*, avorton.

Propre à mettre au bout d'un bâton : Auquel cas, où l'honneur» d'une telle aventure? On nous veut attraper dedans cette écriture ; Ce sera quelque énigme à tromper un enfant : C'est pourquoi je vous laisse avec votre éléphant. Le raisonneur parti, l'aventureux se lance.

Les yeux clos, à travers cette eau.

Ni profondeur ni violence Ne purent l'arrêter ; et, selon l'écriteau. Il vit son éléphant couché sur l'autre rive. Il le prend, il l'emporte, au haut du mont arrive.

I. Objets marqués de signes magiques. — 2. Prit peur. — 3. De telle sorte... — 4. Nain haut d'uae coudée. — 5. Où trouver l'honneur ?

Rencontre une esplanade, et puis une cité. Un cri par l'éléphant est aussitôt jeté :

Le peuple aussitôt sort en armes.

Tout autre aventurier, au bruit de ces alarmes. Aurait fui : celui-ci, loin de tourner le dos. Veut vendre au moins sa vie et mourir en héros. Il fut tout étonné d'ouïr cette cohorte Le proclamer monarque au lieu de son roi mort. Il ne se fit prier que de la bonne sorte S Encor que le fardeau fût, dit-il, un peu fort. Sixte en disait autant quand on le fit saint-père* (Serait-ce bien une misère ^ Que d'être pape ou d'être roi?) On reconnut bientôt son- peu de bonne foi*.

Fortune aveugle suit aveugle hardiesse.

Le sage quelquefois fait bien d'exécuter Avant que de donner le temps à la sagesse D'envisager le fait, et sans la consulter.

XIV — Les Lapins'.

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