‹ Fables (volume 5)Chapitre 57 sur 73 · X. De lui demander ; quant à lui demander · texte numérisé non relu

X. De lui demander ; quant à lui demander

Leur chère et fidèle compagne.

Pauvre chevrette de montagne.

La tortue y voulut courir :

La voilà comme eux en campagne.

Maudissant ses pieds courts avec juste raison. Et la nécessité de porter sa maison.

Rongemaille (le rat eut à bon droit ce nom) Coupe les nœuds du lacs^ : on peut penser la joie. Le chasseur vient et dit : Qui m'a ravi ma proie? Rongemaille, à ces mots, se retire en un trou, Le corbeau sur un arbre, en un bois la gazelle :

Et le chasseur, à demi fou

De n'en avoir nulle nouvelle.

Aperçoit la tortue et retient son courroux.

D'où vient, dit-il, que je m'effraie?

Je veux qu'à mon souper celle-ci me défraie. Il la mit dans son sac. Elle eût payé pour tous Si le corbeau n'en eût averti la chevrette.

Celle-ci, quittant sa retraite.

Contrefait la boiteuse et vient se présenter*.

L'homme de suivre et de jeter Tout ce qui lui pesait : si bien que Rongemaille Autour des nœuds du sac tant opère et travaille

Qu'il délivre encor l'autre sœur.

Sur qui s'était fondé le souper du chasseur.

Pilpay conte qu'ainsi la chose s'est passée.

Pour peu que je voulusse invoquer Apollon,

J'en ferais, pour vous plaire, un ouvrage aussi long

Que l'Iliade ou l'Odyssée.

Rongemaille ferait le principal héros, Quoique à vrai dire ici chacun soit nécessaire. Porte-maison l'infante* y tient de tels propos

Que monsieur du corbeau va faire Office d'espion et puis de messager.

La gazelle a d'ailleurs l'adresse d'engager Le chasseur à donner du temps à Rongemaille.

Ainsi chacun en son endroit

S'entremet, agit et travaille.

I. Nœud coulant. — 2. Vient se présenter an-devant dn chasseur, pour détourner sur elle son attention et sa poursuite. — 3. La Fontaine donne à la tortue ce titre d'infante à cause de la gravité et de la lenteur de sa marche

A qui donner le prix? Au cœur, si l'on m'en croit. Que n'ose et que ne peut l'amitié violente ! Cet autre sentiment que l'on appelle amour Mérite moins d'honneur ; cependant chaque jour

Je le célèbre et je le chante.

Hélas ! il n'en rend pas mon âme plus contente 1 Vous protégez sa sœur, il suffit ; et mes vers Vont s'engager pour elle à des tons tout divers. Mon maître était l'Amour ; j'en vais servir un autre. Et porter par tout l'univers Sa gloire aussi bien que la vôtre.

XVI — La Forêt et le Bûcheron.

UN bûcheron venait de rompre ou d'égarer Le bois dont il avait emmanche sa cognée. Cette perte ne put sitôt se réparer Que la forêt n'en fut quelque temps épargnée.

L'homme enfin la prie humblement

De lui laisser tout doucement

Emporter une unique branche.

Afin de faire un autre manche :

Il irait employer ailleurs son gagne-pain ; Il laisserait debout maint chêne et maint sapin Dont chacun respectait la vieillesse et les charmes. L'innocente forêt lui fournit d'autres armes. Elle en eut du regret. Il emmanche son fer :

Le misérable ne s'en sert

Qu'à dépouiller sa bienfaitrice

De ses principaux ornements.

Elle gémit à tous moments :

Son propre don fait son supplice.

Voilà le train du monde et de ses sectateurs* 1 On s'y sert du bienfait contre les bienfaiteurs. Je suis las d'en parler. Mais que de doux ombrages

Soient exposés à ces outrages.

Qui ne se plaindrait là-dessus?

Hélas ! j 'ai beau crier et me rendre incommode.

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