‹ Fables (volume 5)Chapitre 63 sur 73 · A MONSEIGNEUR LE DUC DE VENDOME · texte numérisé non relu

A MONSEIGNEUR LE DUC DE VENDOME

Ni l'or ni la grandeur ne nous rendent heureux.

Ces deux divinités n'accordent à nos vœux

Que des biens peu certains, qu'un plaisir peu tranquille

Des soucis dévorants c'est l'étemel asile ;

Véritables vautours que le fils de Japet*

Représente, enchaîné sur son triste sommet.

L'humble toit est exempt d'un tiibut si funeste.

Le sage y vit en paix et méprise le reste :

Content de ses douceurs, errant parmi les bois.

Il regarde à ses pieds les favoris des rois ;

Il lit au front de ceux qu'un vain luxe environne

Que la Fortune vend ce qu'on croit qu'elle donne.

Approche-t-il du but, quitte-t-il ce séjour,

Rien ne trouble sa fin : c'est le soir d'un beau jour.

Philémon et Baucis nous en offrent l'exemple :

Tous deux virent changer leur cabane en un temple.

Hyménée et l'Amour, par des désirs constants,

Avaient uni leurs cœurs dès leur plus doux printemps :

Ni le temps ni l'hymen n'éteignirent leur flamme :

Clothon' prenait plaisir à filer cette trame.

Ils surent cultiver sans se voir assistés,

Leur enclos et leur champ par deux fois vingt étés.

Eux seuls ils composaient toute leur république :

Heureux de ne devoir à pas un domestique

Le plaisir ou le gré* des soins qu'ils se rendaient !

Tout vieillit : sur leur front les rides s'étendaient ;

L'amitié modéra leurs feux sans les détruire,

Et par des traits d'amour sut encor se produire.

Ils habitaient un bourg plein de gens dont le cœur Joignait aux duretés un sentiment moqueur. Jupiter résolut d'abolir cette engeance.

I. Arrière-petit-fUs de Henri IV, un des généraux les plus brillants de la fin du règue de Louis XIV. — 2. Prométhée. — 3. Une des Parques. — 4. La gratitude.

PHILÉMON ET B AU CI S — ITIi

Il part avec son fils, le dieu de l'éloquence' ;

Tous deux en pèlerins vont visiter ces lieux.

Mille logis y sont, un seul ne s'ouvre aux dieux.

Prêts enfin à quitter un séjour si profane.

Ils virent à l'écart une étroite cabane,

Demeure hospitalière, humble et chaste maison.

Mercure frappe : on ouvre. Aussitôt Philémon

Vient au devant des dieux et leur tient ce langage :

Vous me semblez tous deux fatigués du voyage.

Reposez-vous. Usez du peu que nous avons ;

L'aide des dieux a fait que nous le conservons :

Usez-en. Saluez ces pénates d'argile :

Jamais le ciel ne fut aux humains si facile

Que quand Jupiter même était de simple bois

Depuis qu'on l'a fait d'or, il est sourd à nos voix.

Baucis, ne tardez point : faites tiédir cette onde :

Encor que'' le pouvoir au désir ne réponde.

Nos hôtes agréeront les soins qui leur sont dus.

Quelques restes du feu sous la cendre épandus

D'un souffle haletant par Baucis s'allumèrent :

Des branches de bois sec aussitôt s'enflammèrent.

L'onde tiède, on lava les pieds des voyageurs.

Philémon les pria d'excuser ces longueurs :

Et, pour tromper l'ennui d'une attente importune.

Il entretint les dieux, non point sur la fortune,

Sur ses jeux, sur la pompe et la grandeur des rois.

Mais sur ce que les champs, les vergers et les bois

Ont de plus innocent, de plus doux, de plus rare.

Cependant par Baucis le festin se prépare.

La table où l'on servit le champêtre repas

Fut d'ais' non façonnés à l'aide du compas :

Encore assure-t-on, si l'histoire en est crue, *

Qu'en un de ses supports le temps l'avait rompue.

Baucis en égala les appuis chancelants

Du débris d'un vieux vase, autre injure des ans.

Un tapis tout usé couvrit deux escabelles*.

Il ne servait pourtant qu'aux fêtes solennelles.

Le linge orné de fleurs fut couvert, pour tout mets,

D'un peu de lait, de fruits et des dons de Cérès'.

I. Mercure. — 2. Bien que... — 3. Des planches. — 4. Petits sièges de bois carrés. — 5. De pain.

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