‹ FablesChapitre 162 sur 343 · LIVRE VII. FABLE V. i · texte numérisé non relu

LIVRE VII. FABLE V. i

S'approchant du bord, vit sur Teau ' Des tanches qui sortaient du fond de ces demeures. Le mets ne lui plut pas, il s'attendait à mieux,

Et montrait un goût dédaigneux,

Gomme le rat du bon Horace.

Moi, des tanches ! dit-il ; moi, héron, que je fasse Une si pauvre chère ! Et pour qui me prend-on? La tanclie rebutée, il trouva du goujon.

Du goujon ! C'est bien là le dîner d'un héron ! J'ouvrirais pour si peu le bec ! aux dieux ne plaise \ Il rouvrit pour bien moins : tout alla de façon

Qu'il ne vit plus aucun poisson.

La faim le prit : il fut tout heureux et tout aise

De rencontrer un limaçon.

Ne soyons pas si difficiles :

Les plus accommodants, ce sont les plus habiles ; On hasarde de perdre en voulant trop gagner.

Gardez-vous de rien dédaigner.

Surtout quand vous avez à peu près votre compte. Bien des gens y sont pris. Ce n'est pas aux hérons Que je parle : écoutez, humains un autre conte : Vous verrez que chez vous j'ai puisé ces leçons.

Certaine fille, un peu trop ficre, ^

Prétendait trouver un mari Jeune, bien fait et beau, d'agréable manière, Point froid et point jaloux ; notez ces deux points-f

Cette fille voulait aussi

Qu'il eût du bien, de la naissance, De l'esprit, enfin tout. Mais qui peut tout avoir ? Le*Destin se montra soigneux de la pourvoir :

Il vint des partis d'importance.

La belle les trouva trop chétifs de moitié :

Quoi ! moi ! quoi ! ces gens-là ! l'on radote, je p^^^^^ft. A moi les proposer ' hélas, ils font pitié ;

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Voyez un peu la belle espèce !

L'un n'avait en Tesprit nulle délicatesse; L'autre avait le nez fait de cette façon-lii :

C'était ceci, c'était cela ;

C'était tout, car les précieuses

Font dessus tout les dédaigneuses.

Après les bons partis, les médiocres gens

Vinrent se mettre sur les rangs. Elle de se moquer. Ah ! Vraiment je suis bonne De leur ouvrir la porte ! Ils pensent que je suis

Fort en peine de ma personne :

Grâce à Dieu, je passe les nuits

Sans chagrin, quoique en solitude.

La belle se sut gré de tous ces sentiments.

L'âge la fit déchoir : adieu tous les amants. Un an se passe, et deux avec inquiétude :

Le chagnn vient ensuite ; elle sent chaque jour Déloger quelques Ris, quelques Jeux, puis l'Amour;

Puis ses traits choquer et déplaire ; Puis cent sortes de fards. Ses soins ne purent faire Qu'elle échappât au Temps, cet insigne larron.

Les rumes d'une maison Se peuvent réparer : que n'est cet avantage

Pour les ruines du visage !

Sa préciosité changea lors de langage.

Son miroir lui disait : Prenez vite un mari.

Je ne sais quel désir le lui disait aussi :

Le désir peut loger chez une précieuse.

Celle-ci nt un choix qu'on n'aurait jamais cm. Se trouvant à la fin tout aise et tout heureuse .

De rencontrer un malotru.

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