LES VAUTOURS ET LES PIGEONS
Mars autrefois mit tout l'air en émute^.
Certain sujet fit naitre la dispute Chez les oiseaux ; non ceux que le Printemps Mène à sa cour, et qui, sous la feuillée, Par leur exemple et leurs sons éclatants,
* Nom d'un singe.
* C'est-à-dire d'une façon équivoque.
' Emeute.
198 ilTBE YII. FABLE VIII.
Font que Vénus est en nous réyeiUée, Ni ceux encor que la mère d'Amour Met à son char ; mais le peuple Vautour, Au bec retors, à la trancnante serre, Pour un chien mort se fit, dit-on, la guerre, il plut du sang : je n'exagère point.
Si jo voulais conter de point en point Tout le détail, je manquerais d'baleine.
Maint chef périt, maint héros expira; Et sur son roc Prométhée espéra De voir bientôt une fin à sa peine.
C'était plaisir d'observer leurs efforts; C'était pitié de voir tomber les morts.
Valeur, adresse, et ruses, et surprises.
Tout s'employa. Les deux troupes, éprises D'ardent courroux, n*épargttaient nuls moyens De peupler Tair que respirent les ombres :
Tout élément remplit de citoyens Le vaste enclos qu'ont lus royaumes sombres.
Cette fureur mit la compassion Dans les esprits d'une autre nation Au cou changeant, au cœur tendre et fidèle.
Elle employa sa médiation Pour accorder une telle querelle :
Ambassadeurs par le peuple pigeon Furent choisis, et si tien travaillèrent Que les vautours plus ne se chamaillèrent.
Ils firent trêve ; et la paix s'ensuivit.
Hélas ! ce fut aux dépens de la race A qui la leur aurait au rendre grâce.
• La gent maudite aussitôt poursuivit Tous les pigeons, en fit ample carnage, En dépeupla les bourgades, les champs.
Peu de prudence eurent les pauvres gens D'accommoder un peuple si sauvage.
Tenez toujours divisés les méchants ; La sûreté dujreste de la teri-e