‹ Fables (volume 2)Chapitre 14 sur 136 · Vie de Florian, par L.-F. Jauffret · texte numérisé non relu

Vie de Florian, par L.-F. Jauffret

PREFACE xvii

Mais, avant d'aller plus avant, nous croyons devoir insister quelque peu sur ses deux romans dans le genre purement pastoral qui ont peut-être le plus contribué, après ses Fables, à consacrer sa renommée. Il s'agit de Galatée et <i' Estelle.

Galatée, qui précéda Estelle, est empruntée de Michel Cervantes; mais la donnée en a été remaniée, refondue par Florian, qui a su l'orner de tableaux ren^plis de fraîcheur et de délicatesse. Quant à Estelle, elle est entièrement de son invention, et l'auteur en a placé la scène non loin de Ninies, vers les lieux mêmes de sa naissance.

Galatée! Estelle! Némorin !... Combien ces noms réveillent de riants souvenirs! Qui ne s* est ému, qui n'a versé de douces larnies sur leurs amours ! Les cœurs tendres, les jeunes amoureux, ne furent pas les seuls à payer à l'auteur leur tribut de gratitude et d'admiration. Des écrivains célèbres, des hommes graves, les imitèrent [Buffon, Boissy d'Anglas, La Harpe, Palissot, Fontanes, etc., etc.). Et cependant Sainte-Beuve a écrit qu'il « faut lire Estelle à quatorze ans et denii, et qu'à quinze ans, pour peu qu'on soit précoce, il était trop tard )>.

Comme les récriminations ne sont pas des raisons^ nous répondrons simplement à Sainte-Beuve que l'homme fait, l'honime mûr, lit généralement autre chose que des pastorales ; mais que, lorsqu'il a lu celles de Florian, il se les rappelle toute sa vie. Y Fables de Florian. c

j^vni PREFACE

a-t-il beaucoup de livres dont on puisse en dire autant?

On a dit aussi, — avec esprit cette fois, — « qu'un loup manquait dans les bergeries de Florian ■ » . M. Lacretelle n'est pas de cet avis, et nous croyons qu'il a raison. « V attrait le plus doux quait pour notre cœur le roman pastoral, dit-il, le seul qui nous fasse consentir à des fictions peu vraisemblables, c'est de nous placer bien loin du commerce des hommes méchants ou vicieux. Si je les retrouve dans des lieux ou je ne les attendais pas, le monde idéal s'est anéanti pour moi. )>

Au surplus, ce loup parait plus tard dans les compositions dramatiques et historiques de notre poète, dans ses récits de batailles, d'amours chevaleresques (GONZALVE DE CORDOUE, NuMA PoMPILIUS,

Guillaume Tell, Précis sur les Maures, etc.),, de même que dans plusieurs de ces nombreuses nouvelles qu'il nous a laissées, série de tableaux gais ou sérieux, gracieux ou pathétiques, dont il a placé tour à tour le théâtre en France, en Grèce, en Perse, en Italie, en Amérique, en Espagne, en Afrique, en Angleterre, dans l'Inde, etc.; récits revêtus d'expressions senties, animées, s'imprégnant ça et là avec un rare bonheur de cette couleur locale dont on a tant abusé de nos jours.

i. Le comte de Thiard.

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