‹ Fables (volume 2)Chapitre 18 sur 136 · XXII PREFACE · texte numérisé non relu

XXII PREFACE

Noms y ajouterons la fable des Enfants et des Perdreaux , celle du Roi Alphonse et celle du Dieu Protée.

On rencontre en effet dans ces derniers apologues des traits d'une hardiesse qui peut étonner de la part d'un auteur d'origine noble ayant naturellement intérêt au maintien des abus du temps, et qui, d'ailleurs, avait toujours vécu dans l'intimité des grands, auprès desquels de telles pensées ne devaient pas aisément pénétrer. Du reste, il avait déjà failli être mis à la Bastille pour un discours en vers intitulé Voltaire ET le Serf du mont Jura.

C'est que Florian n'était pas seulement un poète charmant, un prosateur suave et harmonieux. C'était, avant tout, un ami sincère de l'humanité. Nous avons raconté ailleurs ' comment son penchant à la bienfaisance l'avait fait choisir par le duc de Penthièvre pour être le distributeur des aumônes de ce prince, son protecteur devenu son ami, avec lequel il était souvent en querelle pour savoir celui des deux qui découvrirait et secourrait le plus de malheureux. Au surplus, sa générosité, son désintéressement personnel était tel qu'il prélevait toujours sur le prix qu'il recevait de ses ouvrages une certaine somme destinée aux pauvres. Son père mourut, laissant une

i. Le Duc de Penthièvre, sa vie, sa mort. Didot, li I vol. in-i8.

PREFACE xxm

succession obérée à laquelle il pouvait renoncer. Il l'accepta pieusement et fit face à toutes les charges avec ses propres deniers. En même temps il abandonna à une pauvre vieille servante qui avait soigné son enfance une petite chaumière et un champ dépendants de la succession paternelle. Quant à sa vie privée, il l'avait conformée à cette devise, empruntée à un humble personnage de l'une de ses fables : « Pour vivre heureux, vivons caché. »

Enfin, le recueil de ses Fables est semé de pensées nobles, généreuses, de maximes philanthropiques et touchantes, qu'il mettait lui-même en pratique et que chacun a retenues, telles que celles-ci par exemple :

Soyons contens du nécessaire.

Sans jamais souhaiter de trésors superflus. Il faut les redouter autant que la misère :

Comme elle ils chassent les vertus^.

Et que faut-il pour le bonheur?

La paix, la douce paix du cœur, Le désir vrai qu'on nous oublie; Le travail, qui sait éloigner Tous les fléaux de notre vie ; Assez de bien pour en donner, Et pas assez pour faire envie-.

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