PREFACE
On voit que le Nosce te ipsum était peu familier a Sainte-Beuve. Nous l'y renverrons en lui demandant en quoi Florian a fait « son chentin dans la littérature et dans la société ». Nous voyons qu'il a été successivement page, capitaine de dragons, enfin gentilhomme du duc de Penthièvre; et ce n'est pas là, croyons-nous, une bien haute fortune ; il n'y a rien là qui dénote cet esprit de manège et d'industrie dont on semble l'accuser '. Quant à son titre d'académi-
I. Dans une lettre de Florian, adressée à Bailly, maire de Paris, consignée dans le volume des Œuvres inédites^ — édition Briand, 1824, — notre fabuliste, en vue d'être exonéré du payement d'une somme de 246 livres à laquelle le gouvernement républicain l'avait taxé, fournit sur sa position personnelle des détails extrêmement curieux que nous n'avons trouvés reproduits nulle part. « Vous m'avez connu, mon cher confrère, dans mon petit intérieur, écrit-il, et vous savez que je n'ai jamais été riche. M. de Penthièvre me donnoit 2,5oo livres d'appointemens et mon petit logement; j'avois et j'ai trois mille livres de rente viagère que je me suis faites avec mes ouvrages; j'ai acheté depuis peu, du produit des mêmes ouvrages, quelques arpens de terre sur lesquels je vais payer les impôts. Sur mon honneur et ma conscience, je n'ai pas autre chose au monde, ni contrat, ni maison nulle part. J'ai fait un don patriotique dans le temps, plus que fidèle, car j'ai donné 1,800 livres. Pendant trois ans que j'ai été commandant de la garde nationale à