‹ Fables (volume 2)Chapitre 22 sur 136 · PREFACE XXVI · texte numérisé non relu

PREFACE XXVI

différence voisine du mépris pour quelques écrivains célèbres, — prosateurs ou poètes, — de la fin du XVIII^ siècle et du commencement de celui-ci. On oublie, ou mieux on feint d'oublier ce qu'ils ont été à leur date, le légitime éclat dont leur nom a brillé, la douce et salutaire influence qu'ils ont exercée sur la société, de même que les joies et les consolations qu'ils ont apportées à nos pères. Si l'on ne nie pas absolument leur tcdent, — ce qui serait difficile, — on trouve tout au moins quils sont rétrogrades, vieillots, surannés, comme si quelque chose pouvait vieillir dans la peinture du cœur humain et de la nature! comme si tout ne s'y renouvelait pas et n'était pas d'une application générale et éternelle!

Ce qu'il y a de curieux dans cette espèce d'interdit lancé contre des hommes qui ont fait les délices et quelquefois la gloire de leur temps, c'est que leurs contempteurs ont professé jadis pour eux une réelle sympathie, une admiration mêlée de reconnaissance et de respect. Leur enfance et leur adolescence se sont épanouies à la lecture de ces mêmes ouvrages que nous connaissons tous; leur esprit y a pris le goût des choses saines, y a puisé des forces, des croyances, des vertus. Mais à présent, parvenus à l'âge de l'ambition et entrés eux-mêmes dans la carrière des lettres, ils ont fait un retour sur le passé, ils ont réfléchi; une réaction s'est opérée en eux, et ils rougissent de leur admiration d'autrefois, qu'ils se re-

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prochent comme une surprise faite à leur inexpérience, comme un piège tendu à leur crédulité, et du pied ils brisent leurs idoles.

Mais passons. A intervalles plus ou moins longs Florian continua de composer des Fables qu'on se communiquait manuscrites de main en main et dont le recueil a été imprimé en 1792^ Cette production était devenue son étude favorite, le délassement de son esprit et de son cœur, conime ce fut le couronnement de ses travaux et pour ainsi dire son chant du cygne.

Le duc de Penthièvre mourut en 1793^ et Florian alla habiter Paris; mais il en fut bientôt chassé par suite d'un décret qui en bannissait tous les nobles. Il se retira alors à Sceaux, sous ces ombrages où il avait vécu si heureux et si libre; il espérait s'y faire oublier et jouir d'un repos embelli par l'étude. Mais, hélas! ses soins studieux et ses chères rêveries devaient promptement être traversés par la tourmente révolutionnaire qui soufflait en ce moment aux quatre coins de la France, et qui vint l'arracher au calme de la solitude pour lui faire jouer un rôle aussi nouveau qu'imprévu.

Nous voulons parler d'une particularité qui a

I . D'après les lettres de Boissy d'Anglas adressées à ]y[mc (Je Vimeux et citées plus haut, des fables de Florian circulaient manuscrites dès l'année 1788.

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