‹ Fables (volume 2)Chapitre 52 sur 136 · LA BREBIS ET LE CHIEN · texte numérisé non relu

LA BREBIS ET LE CHIEN

La brebis et le chien, de tous les temps amis, Se racontoient un jour leur vie infortunée. « Ah! disoit la brebis, je pleure et je frémis Quand je songe aux malheurs de notre destinée. Toi, l'esclave de l'homme, adorant des ingrats, Toujours soumis, tendre et fidèle.

Tu reçois, pour prix de ton zèle.

Des coups, et souvent le trépas.

Moi, qui tous les ans les habille, Qui leur donne du lait et qui fume leurs champs, Je vois chaque matin quelqu'un de ma famille

Assassiné par ces méchants.

Leurs confrères les loups dévorent ce qui reste.

Victimes de ces inhumains, Travailler pour eux seuls et mourir par leurs mains,

Voilà notre destin funeste!

— Il est vrai, dit le chien; mais crois-tu plus heureux

Les auteurs de notre misère?

Va, ma sœur, il vaut encor mieux

Souffrir le mal que de le faire. »

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