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XIV. LE PARTAGE DE LA TERRE

Jupiter dit, un jour, du haut de ses sommets : « Mortels, prenez la terre, elle est votre héritage

Je vous la donne à tout jamais.

Pour en faire entre vous un fraternel partage. »

Et quiconque a des mains les étend pour saisir ; Tous sur les biens offerts se jettent, troupe avare.

A son gré chacun peut choisir :

Des champs et des troupeaux le laboureur s*empare ;

Le trafiquant remplit ses vastes magasins ; Le noble s'attribue aubaine et droit de chasse ;

Le roi, barrant ponts et chemins, Dit : « Sans payer mes droits, personne ici ne passe. »

Et, quand depuis longtemps le partage était fait, Le poëte rêveur un jour vint à paraître.

D'où sortait-il ? Nul ne le sait, Mais il a trop tardé : chaque chose a son maître.

Il réclame sa part, et de tous rebuté,

« mon père, dit-il au maître du tonnerre.

C'est moi qu'ils ont déshérité.

Moi ton enfant soumis, moi leur plus tendre frère I

— De ceci, dit le dieu, je ne suis pas garant ; Puis, où donc étais-tu, quand la chose s'est faite?

Au pays des songes errant...?

— Je ne songeais qu'à toi, répondit le poëte ;

Mes yeux étaient fixés sur ton front radieux, Des sphères mon oreille écoutait l'harmonie ;

Pouvais-je, ravi dans les cieux, Aux choses de ce monde abaisser mon génie ?

— Sur la terre, ô mon fils, je ne puis rien pour toi ; Biens, dignités, emplois, tout est pris, rien ne reste ;

Mais, quand tu voudras, près de moi Viens, et simple mortel franchis le seuil céleste. »

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