‹ FablesChapitre 125 sur 172 · A UN JEUNE POETE · texte numérisé non relu

A UN JEUNE POETE

« Où vas-tu, gentille Marie,

Dans cet ajustement coquet ?

— Laissez-moi, monsieur, je vous prie.

Ma sœur aujourd'hui se marie.

Et je viens cueillir un bouquet. »

Et soudain la petite folle

Dans mon parterre entre en chantant ;

Et tel un papillon frivole

Passe de fleur en fleur et vole,

Capricieux, vif, inconstant;

L'espiègle ainsi met au pillage Lis, rose, iris, pavot, jasmin.

Et fait un informe assemblage De fleurs, de boutons, de feuillage.

Qui tient à peine dans sa main.

« Donne-moi, lui dis-je,.ô bel ange,

Cet énorme paquet de fleurs. »

Puis j'en choisis et j'en arrange Quelques-unes dont je mélange Avec art les vives couleurs.

« Prends ce joli bouquet, ma chère, Dis-je à Tenfant ; liiais, tu le vois, Tout cueillir, c'est la moindre affaire ; Dans les choses qu'on veut bien faire, II faut du goût, il faut du choix. >

De ce conseil à la fillette.

Ami, tu devrais profiter :

Follement ta muse indiscrète Épand ses trésors et les jette A chaque page et sans compter.

Tant de richesses entassées Forment un tout disgracieux ; Mais choisis entre tes pensées.

Et, fleurs avec art nuancées.

Elles plairont à tous les yeux.

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