A UN JEUNE POETE
« Où vas-tu, gentille Marie,
Dans cet ajustement coquet ?
— Laissez-moi, monsieur, je vous prie.
Ma sœur aujourd'hui se marie.
Et je viens cueillir un bouquet. »
Et soudain la petite folle
Dans mon parterre entre en chantant ;
Et tel un papillon frivole
Passe de fleur en fleur et vole,
Capricieux, vif, inconstant;
L'espiègle ainsi met au pillage Lis, rose, iris, pavot, jasmin.
Et fait un informe assemblage De fleurs, de boutons, de feuillage.
Qui tient à peine dans sa main.
« Donne-moi, lui dis-je,.ô bel ange,
Cet énorme paquet de fleurs. »
Puis j'en choisis et j'en arrange Quelques-unes dont je mélange Avec art les vives couleurs.
« Prends ce joli bouquet, ma chère, Dis-je à Tenfant ; liiais, tu le vois, Tout cueillir, c'est la moindre affaire ; Dans les choses qu'on veut bien faire, II faut du goût, il faut du choix. >
De ce conseil à la fillette.
Ami, tu devrais profiter :
Follement ta muse indiscrète Épand ses trésors et les jette A chaque page et sans compter.
Tant de richesses entassées Forment un tout disgracieux ; Mais choisis entre tes pensées.
Et, fleurs avec art nuancées.
Elles plairont à tous les yeux.