XX. L'HOMME ET SON OMBRE
Que fais-tu donc là, maudite ombre,
Spectre sombre, Laquais maussade et fainéant?
Es-tu, dans ta course obstinée,
Destinée A me rappeler mon néant?
— Tout beau, mon maître, pas d'injure
Je te jure Que tu te fâches sans raison ; En moi vois plutôt un emblème,
D'où toi-même Tu peux tirer une leçon :
Quand le soleil t'éclaire en face,
Je m'efface.
Derrière je vais me cacher ; Mais le jour vient-il par derrière,
En courrière Devant toi tu me vois marcher.
Qu'ainsi la raison soit ton guide :
Jour splendide, Qu'elle brille en face pour toi !
Qui lui tourne le dos s'égare,
Perd son phare, Et ne voit qu'ombre devant soi.