XV. LE SANGLIER ET LE RENARD
Le jour naissait : la teinte rose De ses premiers rayons reflétés mille fois Faisait étinceler, à la rive des bois, Les perles que la nuit sur les feuilles dépose.
Déjà debout, un sanglier Contre un chêne noueux aiguisait ses défenses. « Voisin, dit un renard, sortant de son terrier. As-tu reçu quelques offenses Qu^aujourd'hui tu veuilles venger?
Ou crains-tu ce matin quelque pressant danger? Mais au loin la forôt est encore endormie :
Je n'entends ni des cors le tapage infernal, Ni les longs abotments de la meute ennemie ; L*oiseau prélude en paix à son chant matinal ; Tout semble nous promettre un jour exempt d'alarmes. Apprends-moi donc pourquoi tu prépares tes armes? — Pourquoi I serait-il temps de les mettre en état. Quand la meute est près de m'atteindre?
Non, non ; c'est quand rien n'est à craindre Que je me dispose au combat; Jamais au dépourvu je ne me laisse prendre :
Viennent messieurs les chiens, je saurai me défendre. »