‹ FablesChapitre 168 sur 172 · LIVRÉ VI · texte numérisé non relu

LIVRÉ VI

Cet autel entr*ouvert, refuge des lézards, Ces murs portant encor la trace de la flamme, D*amertume et de deuil avaient rempli mon âme. Quand, au détour d*un mur qui bornait mes regards,

J*aperçois une jeune femme Assise sur un banc de pierre ; elle chantait Un air simple et touchant que le vent m'apportait.

Et, frais comme un bouton de rose,

Joyeux comme un matin de mai.

Près d'elle un bel enfant, à Tœil vif, animé. Tantôt joue, et tantôt à ses pieds se repose. Puis il s'en va cueillir, dans ces sauvages lieux, Des bouquets d'origan, de sauge, de pervenche. De digitale pourpre et d'aspérule blanche.

Qu'il apporte à sa mère avec des cris joyeux. Et que paye un baiser sur son front gracieux. « Nature, m'écriai-je, ô Nature féconde.

Ainsi sur la face du monde, — Cercle mystérieux que mesurent tes pas, — Tout naît, mais pour mourir; tout meurt, mais pour renaître. Présidant à ces lois du néant et de l'être,

Toi seule ne les subis pas :

Toi seule, toujours jeune et toujours agissante, Tu reproduis sans fm ce que détruit le Temps. >

Assis sur ces débris, je méditai longtemps.

Et je bénis le Dieu dont la main bienfaisante.

Sur ce globe &a proie aux douleurs, Sème éternellement des femmes et des fleurs.

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