XXIV. LE RUISSEAU SANS NOM
Là-bas, au pied de la colline, Dans les prés un ruisseau jaillit, Dont Tonde fraîche et cristalline Les féconde et les embellit.
Sous les afiules de son rivage On voit voltiger mille oiseaux, Qui, soir et matin, du bocage Viennent se baigner dans ses eaux.
Les bœufs lassés, quittant la plaine,
S'y désaltèrent en chemin ;
La brebis y lave sa laine,
Et le pâtre y boit dans sa main.
Tout près du bord, troupe légère, Frétillent les petits poissons ; La cane y nage, heureuse mère, Au milieu de ses nourrissons.
Là son onde, qui s'emprisonne.
Coule dans un vaste lavoir.
Où le bruit des caquets résonne Plus haut que le bruit du battoir.
Il anime ici, dans sa course.
Le joyeux tic-tac d'un moulin ;
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Puis, à mille pas de sa source, Dans le fleuve il se perd enfin.
Mais quelqu*un me dira peut-être :
« Ce ruisseau qui, dans son trajet, A tous porte vie et bien-être.
Quel est son nom? — Nul ne le sait.
C'est la douce image d*un sage Qui, par son cœur seul inspiré, Sème le bien sur son passage.
Et dont le nom reste ignoré. »