‹ FablesChapitre 31 sur 172 · DU LIVRE II · texte numérisé non relu

DU LIVRE II

L'AMI DES BÊtES.

Je suis i'ami des animaux, Pour être aimé d'eux, je les aime :

Sont-ils gais, je suis gai moi-même ; SoutTrent-iis, je ressens leurs maux.

Quand un char reste dans l'ornière, Tout en gourmandant le brutal Qui frappe son pauvre cheval, Je pousse avec lui par derrière.

J'aime à te Qatter de la main.

Bonne vache à l'œil sympathique .

Tu ftjs, suivant la fable antique, La nourrice du genre humain ;

i'^ PROLOGUE.

Tu Tes toujours ; quand, à la forme, Avec des soins affectueux On te trait, le lait onctueux Du pis gonflé coule sans terme.

Dans ton troupeau, dis-je au berger.

Veille à maintenir le bon ordre.

Sans permettre à 'ton chien de mordre La brebis qu'il doit protéger.

Prenant d'office ta défense, Humble âne, objet de nos mépris, Vrai philosophe en habit gris, Qui souffres les coups et l'offense,

J'ai fait rougir plus d'une fois Le rustre qui, sur ton échine, Au poids d'un lourd sac de farine De son coips ajoutait le poids.

Sur le seuil d'^in manoir champêtre Un dogue aboie à tout venant ; J'approche, il se tait, devinant Que je viens dîner chez son maître.

Dans un bois trotte Jean lapin.

Il me voit, reconnaît sans peine Un cousin du bon La Fontaine, Et gambade on paix sur le thym.

Vers les prés si je m'achemine, Je m'en vais caresser les bœufe, Qui, sur moi fixant leurs grands yeux.

Me font leur plus aimable mine.

Les petits oiseaux dans leurs nids, Bouvreuils, pinsons, bergeronnettes.

Me disent, dans leurs chansomtettos :

Que nos protecteurs soient bénis 1

Dans la bruyère aux fleurs vermeilles.

J'ai cueilli ces vers ; à leur tour, Sur tous les buissons d'alentour, Butinaient mes sœurs, las abeilles.

Je suis l'ami des animaux ; Pour être aimé d'eux, je les aime :

Sont-ils gais, je suis gai moi-mâme ; Souffrent-ils, je ressens leurs maux.

Page 1