‹ FablesChapitre 32 sur 172 · I. LÀ GIRAFE ET L'ËLÉPUANT · texte numérisé non relu

I. LÀ GIRAFE ET L'ËLÉPUANT

Je visitais un jour, dans le Jardin des Plantes, La superbe girafe et le grave éléphant.

De l*une j*admirais les formes imposantes,

L*air noble et le maintien séant ; De l'autre, le front calme et la démarche sage. Tous deux se récréaient au soleil du printemps ; Et, n'étant séparés que d'un simple grillage.

Ils causaient pour passer le temps.

Or, voici le discours que la fière sultane.

Du haut de sa grandeur, tenait à son voisin,

Tandis que du bout de ma canne De ses traits, à mes pieds, f esquissais le dessin : « Que le peuple français est un peuple frivole I Un enfant dans ses goûts est plus constant que lui Tel en obtient à peine un regard aujourd'hui.

Qui la veille était son idole.

Je me souviens encor du jour où dans Paris

Je fis ma triomphale entrée ;

Quels applaudissements ! quelle foule ! quels cris ! D'un pas majestueux je marchais, décorée

D'une housse à frange dorée, Tandis qu'à mon aspect tout ce peuple surpris, A ma droite, à ma gauche, et devant et derrière. Se pressait, s'agitait comme une fourmilière. J'en vis même grimpés jusqu'au faite des toits. Ainsi je m'avançais vers le palais des rois ; Car je fus tout d'abord à la cour présentée.

Puis des ambassadeurs et des grands visitée.

Que te dirai-je, enfin ? pendant plus de trois mois. Peinte sur tous les murs, au théâtre chantée,

Par les corps savants invitée,

A la mode dictant des lois.

Je fus avec transport accueillie et fêtée.

Quel contraste bizarre, ô mon cher éléphant î Tu vois comme ce peuple à présent me néglige. Vers ma personne encor si quelqu'un se dirige, C'est quelque sot conscrit, quelque bonne d'6nfant, Ou, comme en ce moment, un badaud de province. »

(De moi l'orgueilleuse parlait,

Nul autre ne la contemplait.

Et d'ailleurs, je l'avoue, à ma mine assez mince, Jamais un étranger ne m'a pris pour un prince.)

Le plus sage des animaux, D'un ton sentencieux, lui répond en ces mots : « Tu regrettes en vain la faveur populaire,

La foule ailleurs porte ses pas.

On te voit volontiers, mais on ne revient pas. C'est que la nouveauté n'a qu'un moment pour plaire. Un bramine autrefois, dans les Indes, m'apprit

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