XVII. LE CHOIX D'UN GOUVERNEUR
La lionne eut un fils ; et cette mère auguste, Dans son désir d*en faire un prince brave et juste, Songeait à le remettre aux mains d'un gouverneur
Qui, courageux autant qu'habile, Le guidât dès l'enfance aux sentiers de l'honneur, Et lui sût de régner montrer l'art difficile.
Le tigre, l'ours et l'éléphant S*oflrïffeiit les premiers pour élever l'infant ; Le baudet sur les m^ se mit le quatiiènie.
Le baudet, direz-vous 7 Coi, le baudet lui-inème.
'On dit de plus, et je le crois, Que c'était le plus âpre à soutenir ses droits. La lionne remit l'examen de l'affaire Au Conseil de régence ; et le simple vulgaire
Crut que tout d'abord du Conseil Le tigre ou l'éléphant obtiendrait le suffrage.
L'un et l'autre ayant en partage Toutes les qualités qu'on cherche en cas pareil : Noblesse, activité, sang-froid, force et courage.
De messieurs du Conseil pourtant Tel ne fut pas l'avis : tout mérite éclatant
Aux vieux courtisans porte ombrage.
Les plus dignes ainsi rejetés sans pudeur.
Le baudet, notre ami, sent croître son ardeur. Il intrigue, il se pousse avec plus d'insistance ;
Mais, au premier tour de scrutin, Par ses amis de cour abandonné soudain,
Il jeta les hauts cris et quitta Tassistanee. L'ours ainsi fut' élu d'une commune voix.
Quel fut le motif de cejchoix ?
On ne me Ta pas dit, pourtant je le soupçonne - L'ours était médiocre et n'offusquait personne.