XX. LE BŒUF ET LE CERF
Un bœuf au p^ pesant, un cerf au pied léger,
Côte à côte paissaient dans la même prairie.
« Âmi cerf, dit le bœuf, si le tigre en furie
Vient à sortir du bois, veux-tu que sans bouger
Nous Tattendions tous deux ? La prudence a des bornes
Devant nos ennemis pourquoi fuir lâchement ?
Sur nos fronts ton bois et mes cornes Sont une arme, et non pas un futile ornement. — Ami, répond le cerf, j*admire ton courage,
Mais l'imiter me siérait mal :
Moi, dans un combat inégal, D'un tigre ou d'un lion j'irais braver la rage I
Non ; je le dis sans hésiter, La fuite en pareil cas n'a rien qui m'humilie : Affronter le péril, quand on peut l'éviter,
Apprends de moi que c'est folie. »