XXII. LE TRÉSOR
Un jour, trois voyageurs trouvèrent un trésor.
« En frères, dit un d'eux, partageons-nous cet or ;
Qu'un de nous ensuite à la ville
Se rende et rapporte en ce lieu
De quoi faire un dîner d'adieu. »
Le plus jeune s'offrit, comme étant plus agile. En route il se disait : « Me voilà riche ; mais»
Je le serais bien davantage.
Sans mes deux compagnons, sans ce maudit partage. Si d'un poison subtil je saupoudrais leurs mets 1
La faim m' ayant surpris en route.
Je n'ai pu résister, — leur dirais-je au retour, — J'ai dîné, mes amis, dînez à votre tour.
Us mangeraient sans aucun doute.
Alors pour moi quel heureux sort I
Au fait, qui me retient ?... Ces hommes me font tort,
Sans eux j'aurais eu tout, donc j'ai droit de tout prendre. »
Mais les deux voyageurs demeurés à l'attendre,
De leur côté tramaient un semblable complot.
a II revient, disaient-ils, tâchons de le surprendre,
Qu'il tombe sous nos coups, et reprenons son lot. »
Gaîment, pour mieux cacher le meurtre qu'ils projettent,
Us vont à sa rencontre, et soudain leurs poignards
Le frappent ; puis de l'or n'ayant fait que deux parts, '
Sur les mets apportés les perfides se jettent.
Mais bientôt ressentant les effets du poison.
Ils expirent tous deux auprès de leur victime.
Souvent ainsi le crime est puni par le crime, Et plus d'un traître est mort par une trahison.