XXIY. LES LOUPS ET LES CHIENS
Dans là société des bons Rarement un méchant s'amende et se corrige; Mais placez l'honnête homme au milieu des fripons,
Et je tiendrais pour Un prodige
Qu'il tardât à leur ressembler.
Ce que j'avance ici, le trait suivant le prouve :
Un berger, pénétrant dans l'antre d'une louve
Que ses chiens venaient d'étrangler, Y trouva trois petits ; du fer de sa houlette A leur donner la mort aussitôt il s'apprête ;
Mais ensuite, en considérant A quel point cette race est courageuse et forte.
Il change d'avis, il les prend, Et dans sa panetière au logis les emporte.
« Je veux, se disait-il, tenter par tous moyens \*
De corriger en eux ce naturel sauvage.
V LIVRE ni. 101
Ce sanguinaire instinct qui les pousse au carnage ; Et si par bonheur j'y parviens, De mes troupeaux j'en ferai les gardiens, Et désormais sans crainte, étendu sur l'herbette, J'enflerai, tout le jour, les sons de ma musette. » De retour au logis, parmi de jeunes chiens Le berger mit donc sa capture.
La lice, bonne créature, A ces petits bientôt s'attacha comme aux siens, Leur donnant môme nourriture, Même tendresse, mômes soins.
Mais, dès qu'ils peuvent seuls pourvoir à leurs besoins, L'instinct des jeunes loups tout à coup se révèle :
Turbulents, toujours en querelle, Ils attaquent déjà la volaille en leurs jeux, Et se hérissent furieux.
En entendant l'agneau qui bôle.
Ce n'est pas tout : les chiens élevés avec eux Deviennent à leur tour indociles, hargneux.
Avides de rapine, et toujours prôts à mordre.
Au chenil pour rétablir l'ordre.
Le berger fut contraint de les détruire tous, Sans distinguer ni chiens ni loups.