‹ FablesChapitre 85 sur 172 · LIVRE IIÏ · texte numérisé non relu

LIVRE IIÏ

A la paix des champs infidèle, Dans les cités, ma sœur, tu t'enfuis sans retour. Que deviens-tu, dis-moi ? Jadis, dans ces demeures, Peut-être il t'en souvient, à chanter tour à tour

Nous passions doucement les heures ; Et le pâtre écoutait, dans un muet transport, De nos chants fraternels Tharmonieux accord.

Puisqu'un heureux hasard aujourd'hui nous rassemble,

Veux-tu, ma sœur, comme autrefois.

Alterner nos chansons ou les redire ensemble ? — Mon frère, ignores-tu que j'ai perdu la vftx,

Depuis que j'habite la ville ?

Dai\s ta vie oisive et tranquille, Tu peux chanter à l'aise, à l'ombre de ces bois ; Mais aux cités la vie active, dissipée.

De mille soins divers est sans cesse occupée.

— Eh I qu'y fais-tu donc? — Je bâtis^^ En bel et bon ciment, un logis confortable

Pour moi-même et pour mes petits.

Puis je poursuis, dans l'air, d'une aile infatigable,

Les innombrables escadrons

Des cousins et des moucherons.

Dont la fécondité rapide, redoutable, Si je n'arrivais pas à temps pour l'arrêter,

Rendrait la ville inhabitable.

Quand on a tant à faire, on ne peut plus chanter.

Autant en advient au poète, Quand pour le bruit du monde il quitte sa retraite.

Il ne peut plus, comme autrefois.

Te suivre tout le jour, aimable poésie,

Et sur tes ailes d'or bercer sa fantaisie.

Il intrigue, il se pousse aux honneurs, aux emplois;

Dans son ardente frénésie, Il lui faut des palais, de Tor ; mais si parfois Il veut chanter encore... il a perdu la voix.

EPlIiOGlIE

Faire de Tart pour Tart est chose assez futile : L'art doit mettre en relief le vrai, le beau, l'utile.

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