DU LIVRE IV
A HENRY VESSERON,
TRADUCTEUR d'aNACBÉON.
Dans la modeste solitude Où, loin des sots, vivant en paix.
Je coule, heureux a peu de frais, Mes jours de loisir et d'étude,
L'autre jour. Ion livre coquet M'arrivc; je l'ouvre et j'admiro :
L'une après l'autre, je respire Toutes les roses du bouqucl.
Que j'aime l'heureux badinage De ce roi charmant des buveurs, Qui, sous sa couronne de fleurs, A su garder le cœur d'un sage.
Avec un tact exquis de l'art, Il a fait graver sur sa coupe Des Grâces l'adorable groupe.
Et l'Amour privé de son dard.
Il boit, mais c'est avec mesure :
Aimant l'ordre à table et partout, Il se détourne avec dégoût Des buveurs qui lancent l'injure.
A l'or, qui corrompt trop souvent.
Son cœur honnête a dit : « Arrière ! »
S'il flétrit l'ivresse grossière. Il maudit l'amour qui se vend.
Épris de toute belle chose, Il en trace un léger dessin :
Ici, pour en orner leur sein.
Les Grâces font naître la rose ;
Là, de- terre l'on voit sortir, Frais tapis, les semonces verlos ; Puis les plaines d'épis couvertes Onduler, au grô du zéphir.
Dans SOS vors la scène du mondo Brillo de toute sa splendeur :
Du soleil il chante Tardeur Et ton pâle éclat, lune blonde.
Il aime à voir sur le coteau Pampres verts et grappes vermeilles, A voir les actives abeilles Butiner sur le thym nouveau ;
A suivre des yeux, dans la nue, Le vol des oiseaux voyageurs; A voir les canards, bons nageurs, Lutter contre la vague émue.
L'hirondelle, en ses vers si gais, Jase dès Taube matinale ; Le cri strident de la cigale Plaît aux moissonneurs fatigués.
Et toi, colombe messagère, Qui bois dans sa coupe, et qui dors Sur sa lyre aux tendres accords, Qu'il peint bien ta grâce légère !
Comme il vous chante un beau refrain, Bons vendangeurs, quand, dans la tonne, Dos raisins mûris par l'automne Vos talons nus pressent le grain.
A le voir porter sa vieillesse, D*un pied si ferme et sans ennui, Quel adolescent avec lui N^eûV troqué sa belle jeunesse?
Honneur au bon vieillard, honneur!
Il connut le prix de la vie,
Et sa douce philosophie
A pris le sentier du bonheur.
Honneur à toi, digne interprète, Qui traduis si bien ses leçons I Quand je lis tes vives chansons, Je crois lire le vieux poëte.
En retour ^ ton livre aipô,
Ce prologue est un don modeste :
Tu Tagrêras, car il atteste
A quel point tes vers m*ont charmé.