‹ FablesChapitre 92 sur 172 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

Cent ans et plus. » Chacun courait

Pour acheter Teau merveilleuse ; Merveilleuse en effet, car on s'en trouvait bien.

Une recette précieuse En expliquait remploi ; le tout coûtait. . . combien ? L'eau, six francs la bouteille, et la recette, rien.

Cette pièce était curieuse :

« Un verre de cette eau prise à jeun le matin,

» Purgeant les humeurs et la bile, » Soutient et raffermit une santé débile.

» Mais l'effet en sera plus prompt et plus certain, » Si l'on fuit les excès, les fatigues, les veilles ; » C'est alors que mon eau produira des merveilles. »

Comme d'un tel régime on se trouvait au mieux.

Le débit fut prodigieux :

Villars en quelques mois avait fait sa fortune. Il résolut alors, chose assez peu commune, Tout en gardant l'argent, de dessiller les yeux Des badauds de Paris ; et, bien que ce scrupule Puisse aux Villars du jour paraître ridicule.

Ce modèle des charlatans.

Cet honnête homme à sa manière.

Fit insérer ces mots dans les journaux du temps : « Mon eau de longue vie est de l'eau de rivière, Je vous en ai fait voir la vertu singulière.

Buvez-en, mes amis, et vous vivrez longtemps. »

D'abord on eut peine à le croire, Tant par le merveilleux on se laisse éblouir ;

Mais enfin, quand il fut notoire Qu'avec Teau de la Seine on pouvait se guérir, Personne n'en voulut plus boire.

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