LA COULEUVRE ET L’AIGLE
Jadis une couleuvre
Voulut se mettre à l’œuvre
Pour se venger d’un tour Qu'un jeune aigle lui fit un jour.
Ni la légende, ni l’histoire
Ne nous apprennent tout à fait
Ce qu'était ce petit forfait,
Mais on peut tout de même y croire Et le fait n’est point controuvé.
Après avoir longtemps couvé Sa vengeance, * ‘ La couleuvre avec diligence Rampe dans un vallon Où descendait l’aiglon.
Elle se montre fort gentille.
—Soyons amis dit-elle, embrasse-moi, Je te pardonne, sur ma foi!
Cette vétille,
Mais l’aiglon hésitait un peu.
—Je veux te suivre, ouvre ton aile Et porte-moi dans le ciel bleu.
L’aigle la prend, puis avec elle U monte, il monte on ne sait où...
Et pendant qu'il plane et qu'il flotte, Pour se venger la pauvre sotte Le mort au cou.
Il tombe, Mais moins blessé que stupéfait ;
Elle tombe aussi, puis succombe Aux blessures qu'elle se fait.
Voici ce que ma fable exprime : Celui-là qui pour se venger S’expose à quelque grand danger Ajoute la folie au crime.