‹ Fables [microforme] (volume 2)Chapitre 85 sur 109 · LA COULEUVRE ET L’AIGLE · texte numérisé non relu

LA COULEUVRE ET L’AIGLE

Jadis une couleuvre

Voulut se mettre à l’œuvre

Pour se venger d’un tour Qu'un jeune aigle lui fit un jour.

Ni la légende, ni l’histoire

Ne nous apprennent tout à fait

Ce qu'était ce petit forfait,

Mais on peut tout de même y croire Et le fait n’est point controuvé.

Après avoir longtemps couvé Sa vengeance, * ‘ La couleuvre avec diligence Rampe dans un vallon Où descendait l’aiglon.

Elle se montre fort gentille.

—Soyons amis dit-elle, embrasse-moi, Je te pardonne, sur ma foi!

Cette vétille,

Mais l’aiglon hésitait un peu.

—Je veux te suivre, ouvre ton aile Et porte-moi dans le ciel bleu.

L’aigle la prend, puis avec elle U monte, il monte on ne sait où...

Et pendant qu'il plane et qu'il flotte, Pour se venger la pauvre sotte Le mort au cou.

Il tombe, Mais moins blessé que stupéfait ;

Elle tombe aussi, puis succombe Aux blessures qu'elle se fait.

Voici ce que ma fable exprime : Celui-là qui pour se venger S’expose à quelque grand danger Ajoute la folie au crime.

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