‹ Fables [microforme] (volume 2)Chapitre 94 sur 109 · LES DEUX CULTIVATEURS · texte numérisé non relu

LES DEUX CULTIVATEURS

Deux braves citoyens demeuraient sur des fermes Dans l’un de nos cantons ; L'un était endetté, nayaït fort mal ses termes, Mangeait, comme on dit, des croûtons, Et l’autre vivait dans l’aisance.

—N'aurais-tu pas la complaisance De m'apprendre comment arrivent tes succès ?

Dit au paysan riche

Le maître de la pauvre friche.

Puis il continua : Je ne fais point d'excès ; Je sème le printemps, qu'est-ce que je récolte ? Un peu de grain, et du mauvais ; Oui vraiment cela me révolte.

— Je pensais que tu le savais

Ce secret merveilleux qui féconde ma terre, Car je n’en fais pas un mystère, Reprit l’autre cultivateur, Il n'est pas ici d'enchanteur;

I] s'agit de changer, par un truc bien facile, En grains d'or pur les grains de blé.

—Tu me prends, je le vois, pour un fier imbécile.

— Mais pas du tout.

— Alors il faut être endiablé.

— Mais non! rien de plus simple ; écoute Et tâche de bien tetenir ;

Si tu fais comme moi, je n’en ai pas de doute, La fortune va te venir.

Il faut premièrement engraisser ta prairie.

Car c’est dans le fumier Que se trouve cet or qu’on nomme or du fermier. Fais un labour égal C'est la sorcellerie Qui le veut de cette façon.

Or, cela s’apprend sans leçon.

Tu sèmes du grain net, avec soin tu le herses, Et c’est tout, mon ami. Sois sans anxiété ; S'il ne t’arrive pas de chances trop adverses : __ Pendant l'été, À l'automne La moisson serà bonne ; Et, lorsque tu battras ton grain, Tu trouveras, j'en suis certain, = De l'or en abondance.

Si tu n’en trouvais pas n’accuse point les cieux, Ce serait imprudence,

Mais recommence encore et fais de mieux en mieux.

Le naïf paysan se promit bien de suivre De son voisin le bon conseil.

Quand il battit ses blés, à l'époque da givre, Il ne trouva rien de pareil .

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Aux grains d’or qui devaient se détacher des gerbes, Mais des moissons superbes Couvrirent ses clos tous les ans.

Il devint riche un jour parmi les paysans.

Faites votre travail avec intelligence, :

Vous en avez tous les moyens,

Et vous verrez bientôt s'enfuir votre indience,

O mes braves concitoyens.

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