LES DEUX CHÊNES
Deux chênes s'élevaient au milieu de la plaine, Tristes et dénudés, car implacable haleine
De l'hiver Avait mis sans pitié bois et champs au pillage.
L'un des deux, toutefois, pour perdre son feuillage N'avait pas attendu l'automne. Un petit ver
Lui rongeait dès longtemps le cœur. Et la blessure Avait causé la mort après la flétrissure,
Ses rameaux sans vigueur séchèrent tour à tour : L'oiseau n’y bâtit plus de nids à son amour.
Oet arbre malheureux avait, d’un œil d'envie, Pendant qu’il se sentait périr, Vu son vieux compagnon de feuilles se couvrir.
— Quand l'automne viendra, sur sa cime asservie Pas plus que sur mes vieux rameaux Ne s’arrêteront les oiseaux,
S'était-il dit, Oui, quand viendra l'automne,
Ce feuillage qui le festonne
Tombera sur le sol ; et son front sera nu ; Et ceux-là qui l’auront connu Pourront à leur tour le maudire.
En effet, l'automne arriva, Et l'arbre sec se prit encore à dire :
—Résigne-toi, va, Ton tront, comme le mien n’est plus guère superbe. Et ta riche couronne à nos pieds gît dans l'herbe.
— Garde tes durs propos, répondit le voisin; Je me repose.
Le sommeil et la mort ne sont pas même chose ; Attends la fin.
Quand revint le printemps avec les tièdes brises, Que le soleil sourit, L'un refleurit Et l’autre s’affaissa sous ses écorces grises,
Dans la tombe, c'est vrai, l’homme à l’homme est pareil, Et le méchant, trompé, réclame la victoire.
Il sera dans la honte et le bon, dans la gloire,
Au grand jour du réveil.
superbe.
herbe,