LE JEUNE RENARD ET LE LOUP
Un loup de belle taille + Et de grand appétit, Un bon matin, partit Pour faire ripaille ; Mais, pat un fâcheux accident Et malgré sa longue tournée, Il ne trouva de la journée Rien à se mettre sous la dent.
“mi s’en allait, baissant la tête,
Clopin-clopant et l'œil hagard, Quand il aperçut un renard À l'air légèrement honuête.
L'accoster poliment Fut une affaire d’un moment.
—Si vous vouliez, brave confrère, Nous irions de société
Pour manger à satiété,
Et même faire bonne chère,
Je suis fort et vous êtes fin ;
Nous aurions vraiment peu ( de chance Si, ne pouvant faire bombance, Nous n’apaisions du moins la faim,
— Vous parlez sagement, comme un vrai patriarche, Répondit le renard, J'aime votre projet, Et je suis honoré de votre humble démarche,
Moi le plus indigne sujet. ù
Ils se mirent tous deux en route, N'ayant sur leur succès nul doute.
Il ne cherchèrent pas pour rien.
Ils trouvèrent fuyant dans l'herbe, Une poule vraiment superbe,
Une poule qui valait bien Deux ou trois chapons ordinaires.
C’est le renard qui la trouva.
— Donne, lui dit le loup, on va La manger sans préliminaires,
Le renard aurait bien voulu Garder pour lui la bonne aubaine, Mais de son compère goulu
Il redontait la haine.
atriarche,
16, | — La voici, fit-il humblement, à Partage bien également.
—Tu doutes de moi ce me semble ?
Reprit le loup avec hauteur.
Je ne suis point un ergoteur
Et nous partagerons ensemble D'après uue équitable loi.
Cette poule sera pour moi,
Et toi, tu prendras la deuxième.
N'est-ce pas la justice même ?
—Cela me paraît. trop savant, Fit le renard en se sauvant,
Dans toute affaire où l'on n'apporte La plus sincère honnêté, Le plus fort fait toujours en sorte
D'amener tout de son côté. |