LE RENARD ET LE VIEUX LOUP
Un renard, rancunier en diable, Suivait depuis longtemps un loup, Se montrait serviable Et le vantait beaucoup :
Ce n'était là qu’une mesure Pour se venger avec usure S'il en avait l’occasion.
La cause de cette rancune,—
Pour éviter une lacune
Je dois y faire allusion—
Venait d’une poule superbe
Que le renard, dans un verger, Avait trouvée au fond de l’herbe, Mais qu'il n'avait pas pu manger, Vu que le loup son cher compère L'avait croquée à belles ts.
Il faut que nous soyons prudents, Surtout près d’un faux caractère ; C’est ce quc le renard comprit,
Il attendit plus d’une année.
Le loup devint boiteux, maigrit Et rougit de sa peau tannée.
— Viens, lui proposa le renard,
On pourrait trouver, par hasard, Quelque douceur pour ta vieillesse Dans une ferme de là-bas.
— Merci bien de ta gentillesse ; Oui je veux y traîner mes pas,
Ne crains point de friponnerie: :
J'ai faim, mais je mourrais plutôt
Que pécher par gloutonnerie.
Is furent arrivés bientôt En face d’une laiterie.
—Entrons avec effronterie,
Dit le renard rusé,
Ce n'est pas malaisé, | Puisque la porte eu est ouverte.
Le loup, s’efforçant d’être alerte £t ne craignant pas le fermier, Voulut bien entrer le premier.
11 fit une heureuse trouvaille :
Un fromage fort savoureux.
Il voulut être généreux :
—Tiens, partage cette mangeaille, Dit-il au renard vagabond.
Celui-ci, s’éloignant d’un bond, Sortit et referma la porte.
—Merci, dit-il, esprit fécond,
Ce morceau-là moi je l'emporte, Toi tu garderas le second ;
On ne peut tarder à le faire.
Voici les gens de la maison, Bon soir! Pour te tirer d'affaire Cherche quelque bonne raison.
Ketiens toujours cette maxime, O toi qui veux être roué :
Souvent on devient la victime
De celr; que l’on a joué.