FABLE XXVIII
Le Ruisseau ambitieux.
Un ruisseau coulait doucement, Avec d’agréables murmures,
À travers les champs de froment Et sous les épaisses ramures.
Les papillons et les oiseaux,
Sur les glaïeuls et sur les sables, Venaient souvent boire à ses eaux Pour eux toujours intarissables.
Cependant il n’est pas heureux De cette existence si douce Parmi les fleurs, l’herbe et la mousse à
Il rêve un cours aventureux.
Un jour enfin la foudre gronde Et l’eau tombe en torrents affreux.
Sa course devient furibonde
Et son lit n’est pas assez creux.
Il inonde et met en détresse
Les prés fleuris des alentours Qu'il arrosait avec sagesse
Quand il suivait son humble cours.
Plus d’un homme qui reste honnête Alors qu’il ne possède rien, Perd le sens moral et la tête
Dès qu’il accumule du bien.