‹ Fables nouvellesChapitre 11 sur 21 · L'ARBRE · texte numérisé non relu

L'ARBRE

M J'ai donné sans cesse, îi toute heure, Au vieux, au jeune, à l'ouvrier, A tout ce qui souffre et qui pleure, A la mansarde, à l'atelier.

.le ne suis qu'un dépositaire, Et quand je voyais un enfant , J'invoquais le souffle du vent Pour baisser mes rameaux à terre.

Tout pauvre que Dieu m'a conduit Près de moi trouva la richesse , Et j'ai même , je le confesse , Donné la branche avec le fruit.

r.W LIVHE DEUXIÈMK.

Car le champ de blé fut stérile ; L'année a vu bien des douleurs!

J'ai consolé tout homme en pleurs.

Qu'il vînt des champs ou de la ville.

Au plus triste, au plus diligent, .l'ai livré ma IVaiche couronne.

I<"allait-il donc jusqu'à rautonino Carder le bien de l'indigent?

Du pauvre je fus FoiJulence; .le lui pi'odiguai mou trésor, J':t Je n'a\ ais jilus rien , je pense , <,Mie pourtant je donnais encor. »

1,1 VRK DM \IK.Mi; I.IU

I^KS BLCHEUO.NS.

« l'ar nous ta sentence est signée ; Tu n'as plus rien pour nous nourrir Tu périras sous la cognée , Et tu ne dois plus refleurir. »

Juges intègres et sévères , Toujours si prorapts à condamner, Croyez-vous donc servir vos frères.

Quand vous aurez fermé, dans les jours de misères, La main qui se plut à donner?

r'l\ 1)1 LIVRK DhLXIKM!;.

LITHE TR.OISIÈI£E.

ILI^S'miâ tlSLDl^I^MÎlâ.

Etn M*ottte mm pot.

Kentrant joyeux dans sa chauinine, le paysan Guillot, au temps du bon Henri ,

S'écriait un matin : « Eh ! viens donc , Matiiurine, Viens donc embrasser ton mari !

— Qu'as- tu donc? — Plus d'humeur chagrine I.

— Il nous est échu , j'imagine , Quelque coin de terre au soleil?

Parle , réponds !... — Rien de pareil.

— Qu'est-ce alors? — Je vais te l'apprendre. .. Je viens du sermon... — Bon; après?...

— Sais-tu ce que je viens d'entendre?... Ce bon Henri , le Béarnais,

( A ce nom-là qu'on se découvre! )

Le roi vient de dire en son Louvre ,

Le curé nous l'a répété :

M Aux petits , bonheur et santé !

Je veux que les jours de grand'messe

Soient pour tous des jours de liesse ;

Chacun chez soi se gaudira ;

Le pauvre en sa maison boira

Du vin clairet sur nappe blanche! »

Le roi l'a dit, foi de Guillot :

« Je veux , j'etitcnds que le dimanche

n Chacun mette La poule au pot. »

Vive le roi qui nous régale ! »

Par malheur, une poule était là furetant;

Elle entend, puis vite détale.

Court efifarée, et s'en va répétant Dans tous les poulaillers la nouvelle fatale.

Dans tous les cantons d'alentour

Le funeste bruit se propage ;

Il court de village en village ;

De la France il fera le tour.

Ce bon roi , qui veut qu'à son jour

Le peuple aussi fasse ripaille ,

Ce roi , de son peuple l'amour ,

Devient l'effroi de la volaille ,

La terreur de la basse-cour.

I4r, LlVRK TROlSiÈMK.

La poule en tous lieux se lamente

Au milieu des coqs éplorés;

La douleur la rend éloquente :

« Ainsi donc contre nous les rois sont conjurés?

Le plus grand d'entre eux nous menace;

Il veut détruire notre race!

C'était bien assez cependant

Qu'un cuisinier impitoyable

Vînt nous enlever m<èchamment,

Et nous immolât pour la table

Du grand, du riche et du puissant !

Mais notre disgrâce est complète,

S'il faut encor que tous manants,

Que tous pauvres et paysans.

Les dimanches et jours de fête ,

l-'asseut bombance à nos dépens!

De Henri le vceu sanguinaire Veut qu'en France chacun mette la poule au pot;

MVHK TUOISIKMK. H7

S'il faut ainsi qu'en la chaumière On nous cuise sous le fagot, Ht que partout notre sang coule.

Ce sera la fin de la poule î »

A ces mots, les coqs frémissaient; l\)ulets et poussins gémissaient; l'artout tes cris et la colère ; On se concerte, on délibère; Après maint discours émouvant, il fut par la gent emplumée.

D'un juste courroux animée, nésolu que Henri le Grand , Dont le projet déshonorant Devait faire tant de victimes, "Serait , pour expier ses crimes.

Surnommé Henri le Tyran

11 n'est donc pas d'universelle gloire ! O Béarnais , par le Français béni , Grand roi , tu devais être aussi Le seul roi dont la poule ait maudit la mémoire I

Ton vœu pourtant ne fut qu'un mot!

Le peuple affriandé n'en vit rien sur sa table ; Et malgré toi, la poule au pot Est restée , hélas ! une fable !

ÏÏje RasaigttnM.

Un rossignol était en cage ; Kxilé de son frais bocage,

Le pauvre oiseau ne chantait plus.

En vain des fleurs, riches ofiFrandes, Fruits et rameaux, vertes guirlandes, Aux barreaux dorés appendus, Stimulaient sa gai té captive ; En vain une oreille attentive Épiait ses accents perdus...

l'auvre oiseau, tu ne chantais plus!

Qui te rend ta prison si dure?

L'image de tes biens ravis?

Est-ce l'odorante verdure Qui t'ouvrait ses riants abris?

Ou l'eau qui serpente et murmure A travers les sentiers fleuris ?

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