‹ Fables nouvellesChapitre 12 sur 21 · I.IVRK TROISIÉML là · texte numérisé non relu

I.IVRK TROISIÉML là

Ornement muet de ma cage , Dis-moi , de tous tes biens perdus, Que regrettes-tu davantage ?

— Hélas 1 c'est de ne chanter plus!

Mj'Oi^gtie et VMinfttnt.

En ce jour où l'on donne , où , pour plaire à l'usage , On remplit de cadeaux les plus riches logis,

S'arrête un brillant équipage , Devant l'hôtel d'un opulent marquis.

De plus, influent personnage.

Un jeune homme franchit le marchepied soyeux. Tandis que deux laquais, du fond de la voiture, Tirent avec effort un orgue somptueux , Opéra portatif , tout couvert de dorure , Et qui doit du marquis, jouet mélodieux,

Distraire la progéniture.

Cependant sous la porte un petit mendiant,

Blême de faim et grelotant, Tendait ses maigres doigts, crispés par la froidure ;

On lui répond d'une voix dure:

— «On ne peut rien, va-t'en! — Ah ! monsieur, dit l'enfanl De cet orgue superbe ici que peut-on faire?

Si vous le placiez dans ma main ,

Il deviendrait mon gagne-pain ,

Et ferait vivre aussi ma mère! »

IJl-HK lUO SIK.Mi;.

N'oubliez pas le pauvre en dotant le puissant. Et ne refusez pas l'obole à sa souffrance , Vous dont la main prodigue ù l'oisive opulence Donne la part de l'indigent!

i^e Oiantatèi et te Ver tuisant (').

Le matin d'un beau jour d'été , Près d'un brillant château , noblement habité ,

(1) Imilccde noberl Dodslry. Uobcrl Dodslcy, poêle anglais, naquit

158 I.IVHh; TKOISIÈMK.

Un ver luisant ce rampant météore, Astre des prés , dont l'éclat s'évapore Aux premiers feux dont l'horizon se dore , Vit près de lui sur l'herbe un diamant.

Tombé, la veille au soir, d'un corsage élégant.

11 insulte la pierre aux vives étincelles : « Te voilà donc , riche ornement des belles !

») Tu pâlis près de moi , honteux , décoloré ,

pn ITOSàMansfield, dans le comté de XoUingham; il inourulàDurliartt <n 1764, à l'âge de soixante el un ans. On doit à Robert Dodsley des poésie?, des pièces de Ihéâtro, un ouvrage de morale, intitulé: Économic de la vie hiimaitie, attribué pendant quelque temps au comte de Cheslerfield, el qui a été traduit en Trançais en 1751, sous le titre du Brahmhie inspiré. Son principal titre à la renommée est un recueil de fables composé d'une traduction des meilleures fables d'Ésope, de Phèdre el de la Fontaine, el d'un livre d'apologues originaux. Les fables de Dodsiey se recommandent par une pensée fine, ingénieuse, souvent élevée ; mais l'exécution manque en général de relief et de précision. Je me suis donc attaché à rehausser par le choix des détail« les quelques fables deUodsIey que j'ai imitées. J'ai dû même quelquefois niodilicr l'idée cllr-ni^me pour lui donner plus de nerf et de saillie.

LIVH1-: lUoisiK.Ml;. i.sn

» Couché , triste et perdu , dans lu verdeui- du pré 1 » Au même instant plusieurs voix retentissent, Réveillant l'écho du matin ; La plus jeune, au timbre argentin, S'écrie : « Ah ! le voilà; ses rayons le trahissent. ! » C'est lui ; je le retrouve enfin l » Puis une main plus blanche qu'un satin , Dont les doigts effilés entre les fleurs se glissent, Saisit le brillant fugitif, Heureux et fier de se revoir cai)tif.

— M Kli bien ! tu vois si mes feux m'abandonnent ! l)it-il à son triste insulteur ; Sous l'éclat du jour ils rayonnent; fit toi . tu ne dois ta splendeur Qu'aux ténèbres qui t'environnent! «

MiC M*afa«li9 fie» bêles.

-oQo-

Dans un cénacle d'animaux , Coqs et renards , brebis et louveteaux .

lOX' LlVHt; TKUISIKMK.

Oubliant leur vieille querelle ,

Discutaient la vie éternelle.

Un bouc , à l'air grave , imposant ,

El que sa barbe et son grand âge

Désijrnaient d'avance au suffrage,

Fut acclamé pour président.

Après maint avis différent.

A l'assemblée il vient lui-même En peu de mots exposer son système ;

11 était simple -et consolant:

« Nous discutons, dit-il, où sera notre place

Quand pour nous s'ouvrira le ciel, Quand viendra l'autre vie , et que tous , l'ace à face ,

Nous verrons le maître éternel.

Puissance et rang, devant lui tout s'efface ; Ce Dieu juste , clément, et redresseur des torts , Grandira les petits, abaissera les forts.

L'éléphant léguera sa masse

U\hK THOlSltMK. \M

A l'imperceptible ciroii ; L'oiseau-mouche, en volant, assombrira l'espace;

La fourmi deviendra lion.

L'âne, soutien de la misère.

L'âne , ce travailleur que l'on aime à railler, Prendra d'un beau cheval l'allure ardente et fière ; Et la poule viendra , dépistant la fermière, Sous la peau du renard rôder au poulailler ; La souris, gros matou, ronfle, fait bonne chère» Et le chat d autrefois vient dans la souricière. Prenant des longues dents les appétits gloutons , Le mouton sera loup pour croquer les moutons. L'aigle est un roitelet qui s'enfuit et succombe

Sous les serres de la colombe ;

Ce fier et terrible serpent.

Qui roule ses anneaux et se dresse en sifflant. Était un vermisseau , rampant sur la poussière ; Tout va se transformant ; les rôles sont changés :

164 LIVRE TROISIÈMK.

Les faibles sont puissants, et les humbles vengés. »

A cette nouvelle lumière ,

A ce tableau de l'avenir, Les gros de murmurer, les petits d'applaudir ;

Grand fut l'émoi de l'assemblée entière.... Les petits font partout la foule et le succès ;

Aussi fut-il des plus complets, Si bien qu'un vieux chapon voulait, à l'instant même.

Se faire croquer tout exprès,

Afin d'essayer le système.

Une fauvette alors, oubliant de chanter.

Non loin de là timidement perchée.

Et sous l'ombrage vert presqu'à demi cachée , Demande la parole , et se fait écouter :

IJVHK THOlSIÉMi;. 165

(I Si je deviens un nouvel être ,

Milan , épervier ou vautour, Sans me ressouvenir de mon premier séjour, A quoi me servira, dites-moi, de renaître 't Car le bonheur alors serait de comparer. De dire : « J'étais faible, et je vais dévorer 1 » Mais si je me souviens d'avoir été fauvette , Loin de me trouver bien de votre paradis.

Du fond du cœur je vous le dis .

Par avance , hélas ! je regrette

Mon nid de paille en l'épais du taillis ,

Et ma détresse et mes petits ! »

Celui qui , dans sa peine amère,

Cherche un refuge à sa misère, Doit rêver, non penser, à ce Dieu qu'il espère, Kt, sans le discuter, doit regarder le ciel.

ICC LIVRK THOISIÈMK.

S'il veut approfondir cet imposant mystère , Ses yeux retombent sur la terre , Et dans sa douleur il préfère

Tous ses maux d'ici-bas au bonheur éternel.

Mj'Évrên.

-oQt'

/\ cette heure où du bal la parure s'apprête, Un écrin radieux déployait son trésor.

IGS LIVRE TROISIÈME.

Océan de rubis, foyer de pourpre et d'or. Où du ciel d Orient la splendeur se reflète.

Parmi les diamants , dignes d'un front royal , Et les perles de l'Inde , à l'éclat virginal , Et l'ardente émeraude, aux brillantes facettes. Une modeste opale attirait tous les yeux; Tant l'artiste avait su , d'un travail amoureux , Tailler la robe d'or, aux fines silhouettes. Où du bijou sans faste il encadrait les feux.

Pareille à la monture où la pierre est fixée . Qu'une parole d'or enchâsse la pensée.

fjn JUiÈttêle.

Paul et Jean, deux amis de cœur, de voisinage,

excellents ouvriers , déjeunaient en causant ;

De leur travail, de leur ménage,

Tous les deux devisaient gaîtnent.

Midi sonnait à la mairie; L'ne minute après , midi sonne au marché : « Le marché seul va bien,^dit Paul. — Moi, je parie,

Riposte Jean , que de notre mairie

Jamais l'aiguille n'a bronché. »

Ce frivole sujet amène une querelle; On parlait , verre en main ; un mot s'est échappé , Mot cruel, renfermant une injure mortelle; Un coup brutal répond au défi qui l'appelle ; Paul , hélas ! par mégarde à la tempe est frappé... Il expire, en nommant ses enfants qu'il adore; 11 expire. . Au marché midi sonnait encore !

Appliquons cette idée à de plus vastes faits ! Tournons vers de grands intérêts

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