VHK TROISIKMK
Profondément méditatif.
" \ih quoi ! mon bel ami , vous gardez le silence ! » Dit notre veuf à l'oiseau sérieux; « Vous méprisez les cris , la turbulence .' De tous vos compagnons; vous dédaignez leurs jeux; .1 Seul, vous ne dites rien! » En philosophe, en sage, l.'oiseau lui répondit : « JVn pense davantage. » <i 0 ciell se dit notre homme, il vaut son pesant d'or; » D'un Platon, d'un Pascal , je vois en lui l'étoffe:
I» Sans marchander, achetons ce trésor ! » ii paye et s'en retourne avec son philosophe.
Pendant un mois , soir et matin.
Il le cultive , il Tendoctrihe ;
Lui lit du Fenélon, du Pline;
Passe du français au latin ;
Mais, hélas! à son grand chagrin,
Il n'obtient qu'un seul mot du sage;
Ce fut toujours même refrain.
Toujours ce mot profond : « J'en pense davantage. » Notre acheteur s'emporte tout d'abord ; Puis il se dit : «Voyons , n'ai-je pas tort? » N'accusons que nous seul de notre maladresse 1 » De ce stupide oiseau j'admirai la sagesse , » Pour l'avoir jugé sur un mot.
» Qui de nous deux est le plus sot ? »
l<n Vatomnie.
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Lc choléra disparaissait ; Aucun fléau ne sévissait ;
iO.
182 I.IVKK inOISlÈME.
La terre était cal nie et prospère.
La Mort eut un instant d'humeur ; Elle voulut, pour se distraire, Que tout empressé serviteur De sa menaçante Grandeur, Imaginât, pour lui complaire, Un nouvel agent destructeur.
De notre terrible Puissance Le passe-temps était cruel.
Elle promit donc récompense A celui qui , dans l'occurrence , Et s'inspirant ailleurs qu'au ciel , Trouverait l'arme la plus sûre Pour faire expirer un mortel Après la plus lente torture.
Le prix était un vase d'or, , Oi"! la perle brille et serpente; Magi(|ue et merveilleux trésor :
Dans cette coupe étincelante, l.e sang versé par Tassassin Se transforme en nectar divin.
En boisson fumeuse, enivrante.
Un homme d'abord se présente , Il fait luire aux yeux de la Mort Une lame aiguë et tranchante , Dont le fer se courbe et se to'd.
Serpent d'acier, liime vivante :
« Heine, je fapporte un poignard , Arme impitoyable et puissante.
J'ai , par un prodige de l'art , Rendu sa force intelligente ; Dominant Paveugle fureur.
Jamais il ne tranche la vie; Et de lui-même il se replie S'il est dirigé vers le cœur.
Il sait calculer la torture,
Marquer la place et la choisir, River la vie à la blessure, Détruire sans anéantir.
Il s'arrête où ta loi commence.
Et, brisant la vie en son cours, 11 laisse à l'homme la souffrance , Les pleurs et d'inutiles jours. »
A son tour s'avance une femme, Au teint pâle, aux traits amaigris; A travers son voile aux longs plis , La haine qui couve en son âme Éclate en ses yeux assombris.
« J'ai su , dit-elle, à la vengeance, A l'envie, à la trahison, Réserver un secret poison , Dont l'acre et subtile puissance Étreint le cœur et la raison , Et frappe l'âme en son essence :
L'homme ne fait plus que languir;
Ce n'est plus qu'un fantôme, une ombre;
De son passé le souvenir
Éclaire et trouble sa nuit sombre ;
Il meurt avant l'instant fatal ;
Il s'agite, apparence vaine ;
Spectre plaintif, il se promène
Autour du caveau sépulcral ;
Et lorsque enfin , ô souveraine ,
Vient le jour fixé par tes lois.
Ce n'est plus qu'une forme humaine
Que tu semblés frapper deux fois. »
Devant la reine elle s'incline, Puis se tait ; la Mort examine Le noir poison près du poignard.
Apparaît alors un vieillard , A l'aspect sinistre, à l'œil fauve.
Subtil et pénétrant regard.
18G LIVRE TROlSIÈMi:.
Dardant le feu sous un front chauve « Moi , je n'ai ni fer ni poison ; Pourtant d'une atteinte certaine Je sais détruire jusqu'au nom De l'homme écrasé sous la haine; Aux nobles élans de son cœur Mesurant les ignominies , S'il vécut affamé d'honneur, Ma main le traîne aux gémonies.
Éperdu , brisé de douleur, Il s'indigne, il lutte avec rage; Partout il voit, il sent l'outrage, Sans jamais trouver l'insulteur; Il se roidit , veut vivre encore, Espérant que la vérité, Ce vengeur sacré qu'il implore.
Fera luire enfin sa clarté.
Quand dans ton sein il se repose.