‹ FablesChapitre 57 sur 59 · LA FORTUNE ET SYLVAIN · texte numérisé non relu

LA FORTUNE ET SYLVAIN

Louison ma toute belle, Donne, donne moi ta foi; Promets de m' être fidèle Oncque n'aimerai que toi.

Ainsi parlait à sa blonde, Tout en lui serrant la main, Le jeune et bouillant Sylvain, Dont le cœm' était plus plein Que la bourse n'était ronde.

La Fortune l'entendit

Et rit.

Petit sot, Yâ 1 se dit-elle,

Tu trahiras tes serments !

Rien qu'à voir ton escarcelle

Je m'aperçois que tu mens.

La déesse tvacassière

Prend aussitôt le maintien

D'une vieille douairière

Riche en laideur comme en bien :

Beau Sylvain ! dit-elle ensuite

A l'amant de Louison,

La beauté s'efface vite

Elle n'a qu'une saison ;

Mais la richesse console

De la perte des appas,

Et si la iniîclieur s'envole Les éciis ne volent pas.

Je t'aime. Es-tu libre encore De disposer de ton cœur? Eh quoi? ton front se colore D'une pudique rougeur; Crois-tu qu'une châtelaine Ne peut aimer un vilain?

Bref, au bout de la semaine Sylvain était châtelain.

Ce dénouement semble étrange, Il ne l'est guère pourtant:

En ce monde rien ne change Plus tôt le cœur que l'argent.

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