LIVRE VIII. i
Pourquoi sur tos genoux je suis silencieuse ! C*est que Je cueille, avide et d*ttne main pieuse, Les perles que vous répandez. »
Maîtres, si devant vous je reste bouche close, Par ce double récit vous en savez la cause.
n. — LES DEUX RIVAGES.
Je veux, toujours fidèle au rôle de conteur,
Rimer en quelques vers l'histoire Dont le doux souvenir occupe ma mémoire.
Le long d'une rivière au murmure enchanteur.
Coula mon enfance inquiète ; Confondus sur les bords, saules et peupliers Offraient au rossignol, aux amants, au poète.
Leurs ombrages hospitaliers.
Mille fleurs embaumaient les deux rives égales. Et des chantres ailés les laveuses rivales Envoyaient aux échos leurs naives chansons.
Mais voilà tout à coup, j'avais seize ans à peine. Qu'arrivent par centaine Charpentiers et maçons.
Les braves compagnons, se mettant à l'ouvrage. D'arbres en un instant dépouillent un rivage : Les brouettes, les pieux, les haches, les marteaux Bâtissent un canal pour maîtriser les eaux, Au sommet du talus disposent un passage Pour les bœufs remorqueurs qui traînent les bateaux. Avide de trésors moins que de renommée, Vai quitté, depuis lors, et mon pays natal.
Et sa rivière bien-aimée.
/uisis le positif, à nos rôves fatal,
N'avoir pas enlevé, d'ane main trop paissante, La dernière harmonie et la dernière plante Du domaine de Tidéal !
Le cours de notre vie a toujours deux rivages ; Tous deux, dans notre enfance, et fleuris et joyeux. Sont pleins de doux pensers, de ç^nts insoucieux. Plus tard, sur une rive étendant leurs ravages, L*intérêt, les besoins et les prévisions Emportent la moitié de nos illusions.
Heureux, quand la vieillesse arrive.
Si quelques fleurs encor restent sur l'autre rive !
m. — LES VENTS.
De tous les coins du monde en leur antre assemblés, Les vents se racontaient leurs prouesses récentes. Orgueilleux, ils disaient les éléments troublés,
Du désert les trombes brûlantes.
Sur les flots les mâts fracassés.
Et dans les champs, moissons, arbres, toits renversât Le9 brigands, au récit de semblables ravages.
Poussaient des hurlements sauvages.
Zéphire, d'épouvante et d'horreur interdit.
Se tenant à l'écart, n'avait encor rien dit.
Interrogé pair eux, enfin il répondit
« Frères, mon haleine et mes ailes Ont garanti les fleurs des ardeurs du soleil ;
J'ai caressé, dans leur sommeil.
Le pauvre laboureur, les tendres tourterelles;
Pour les bergers et leurs troupeaux
J'ai rafraîchi les purs ruisseaux... »
A cet aveu naïf du timide Zéphire,
Ou entend des éclats de rire,