VI. — ^E CÈDRE DU LIBAN
Un cèdre rabougri, véritable avorton.
D'un cèdre gigantesque indigne rejeton, Végétait au Liban, inconnu, solitaire.
Mais, rêvant les honneurs d'un rang bi^réditaire»
L'orgueilleux se disait : c Si mon père autrefois
Orna de ses lambris les palais de nos rois.
Je puis des temples saints enrichir les portiques,
Ou, me transfigurant sous la main du sculpteur,
Déployer sur Tautel mes ailes séraphiques. »
Hélas! qu*il bâtissait un avenir menteur!
Bientôt, l'appréciant à sa juste valeur,
Le bûcheron armé sans pitié vint rabattre,
Et jusqu'à la racine extirpa le crétin.
Il en fit des fagots qu'il porta dans son fttre,
Où le cèdre expira, maudissant son destin. i
Que du sang d'un. héros naisse un lâche Thersite, Qu'un homme de génie enfante un ignorant, Au fils dégénéré donnera-t-on le rang Que le glorieux père acquit par son mérite?
Vil. — L'HOMME ET LE MOINEAU.
Un homme, un beau matin, va visiter les champs ; C'est l'heure où les oiseaux font entendre leurs chants.
Où des zéphirs la douce haleine
Réveille les fleurs dans la plaine.
Un moineau cependant fait retentir les cieux De ses battements d'aile et de ses cris joyeux. « Ah ! cet oiseau, dit l'homme, est la touchante image
D*un cœur simple et religieux'; Avec quel saint transport il va de son hommage
Saluer l'astre oriental.
Et chanter, comme l'alouette.
Aux pieds de l'Éternel son hymne matinal ! »
Notre homme dans sa poche avait une lorgnette i
Vers le moineau la dirigeant.