XII. — LE MEUNIER, LE FERMIER ET L'ANE
Pour ses travaux un meunier possédait Un baudet.
Tous les jours pour notre àne étaient Jour de carême; En vain se plaignait-il de sa maigreur extrême ; On lui regrettait l'herbe et le moindre chardon... Hors les sacs de farine et les coups de bâton. Un Jour, comme ils allaient au plus prochain village.
Maître meunier, déjà sur Tâge, Charge de blé sa bête, et monte par dessus :
Mais le baudet qui n'en peut plus.
Voulant se délivrer d'un cruel esclavage, Par un sublime effort s^élance... Tout à coup
Le meunier tombe et se casse le cou.
L'&ne, se voyant seul, renverse la farine.
Saute, gambade, rue et casse son licou.
Bientôt le gros fermier d'une ferme voisine Aperçoit dans les champs l'animal révolté.
Qui se vautre dans l'herbe et broute en liberté : • C'est moi qui vais, dit-il, sous le joug te soumettre, Et ta m'appartiendras sans bourse délier. »
Lors d'un ton doucereux il va le supplier
De vouloir bien le reconnaître Comme son protecteur, sinon coînme son maître. Il aura, tous les Jours, l'avoine au râtelier; . Plus d'accablants fardeau::, chacun lui fera fête ; Enfin il lui promet félicité parfaite.
Or, l'imprudent se livre... Et vous saurez comment Le gros fermier tint son serment :