XVII. — LE LION ET LÉ RENARD
Un sujet du lion, contre sa majesté
Certain jour s'étant révolté.
Se cachait» résolu de ne jamais se rendre.
En vain mille espions furetaient dans les bois.
Aucun ne pouvait le surprendre. A son prince un renard propose de le vendre : «c Celui* qui met, dit-il, vos limiers aux abois» Des amis constamment se montra le modèle; En plus d'une rencontre il fut mon bienfaiteur. Je- le livre pourtant, pour vous prouver monxèld
Et mériter votre (aveur.
J'ai su découvrir sa retraite.
Et, foi de fln renard, je vous promets sa tôte. » Le marché se conclut ; le rebelle est livré, Et le nouveau Judas va toucher son salaire.
A quelques jours de là, de ses gens séparé.
Le roi se promenait ; or,^'ayant rencontré.
Le renard le salue, et le prince en colère
Rugit. « N*fti-j6 donc pas, dit l'autre, pour vous plaire,
Traduit à votre barre un criminel d*£tat?
Sans moi Timpunité couvrait son attentat.
— Sottement, dit le roi, tu croyais, sur mon âme.
Gagner mon amitié par ta conduite infâme.
Ah ! si Ton récompense un traître qui nous sert,
On lui voue un mépris suprême ; Et puis, mon ennemi, tu le vendis hier ;
Demain, tu me vendrais moi-même... »
XVin. — L'OIE QUE L'ON ENGRAISSE.
Dans une basse-cour se dandinait une oie.
Et, fière, elle disait : • Je nage dans la joie ;
De Cocagne, vraiment, j'habite le pays ;
On me gorge de son, de froment, de mais.
La femme, les enfants, les valets et le maître
Sont, par amour pour moi, voués à mon bien-être...
— Cesse, lui dit quelqu'un, de croire en leur bonté;
Apprécie un peu mieux leur générosité :
Ils te réservent tous une amère disgr&ce.
Et te feront rôtir lorsque tu seras grasse... »
Ceux qui de nous servir se montrent empressés Nous prodiguent parfois des soins intéressés.