‹ Fables. Précédées d'une noticeChapitre 106 sur 304 · T.IVRE CINQUIEME · texte numérisé non relu

T.IVRE CINQUIEME

L'âne effraiera les gens, nous servant de trompette; Et le lièvre pourra nous servir de courrier.

Le monarque prudent et sage De ses moindres sujets sait tirer quelque usage,

Et connaît les divers talents.

11 n'est rien d'inutile aux personnes de sens.

L'OTinS ET LES DEUX COMPAGNONS.

Deux compagnons, pressés d'argenl,

A leur voisin fourreur vendirent

La peau d'un ours encor vivant, Mais qu'ils tueraient bientôt; du moins à ce qu'ils dirent. C'était le roi des ours au compte de ces gens. Le marchand à sa peau devait faire fortune; Elle garantirait des froids les plus cuisants; On en pourrait fourrer plutôt deux robes qu'une. Dindenaut' prisait moins ses moutons qu'eux leur ours : Leur, à leur compte, et non à celui de la bête. S'offrant de la livrer au plus tard dans deux jours, Ils conviennent de prix, et se mettent en quête; Trouvent l'ours qui s'avance et vient vers eux au trot. Voilà mes gens frappés comme d'un coup de foudre. Le marché ne tint pas, il fallut le résoudre : D'intérêts contre l'ours, on n'en dit pas un mot. L'un des deux compagnons grimpe au faite d'un arb;c;

L'autre, plus froid que n'est un marbre. Se couche sur le nez, fait le mort, tient son vent,

Ayant quelque part ouï dire

Que l'ours s'acharne peu souvent Sur un corps qui ne vit, ne nvnit, ni ne respiic Seigneur ours, comme un sot, donna dans ce panneau :

Page 1