LIVRE SEPTIEME
tnOllUE (jVl COURT APRES LA FORTUNE, ET LHOMMB
QUI l'attend dans son lit.
Qui ne court après la Fortune?
Je voudrais être en lieu d'où je pusse aisément
Contempler la foule importune
De ceux qui cherchent vainement Cette fille du Sort de royauuie en royaume , Fidèles courtisans d'un volage fantôme.
Quand ils sont près du bon moment , L'inconstante aussitôt à leurs désirs échappe. Pauvres gens ! je les plains ; car on a pour les fous
Plus de pitié que de courroux.
Cet homme, disent-ils, était planteur de choux;
Et le voilà devenu pape !
Ne le valons-nous pas? Vous valez cent fois mieux :
Mais que vous sert votre mérite ?
La Fortune a-t-elle des yeux?
Et puis la papauté vaut-elle ce qu'on quilt*:» , Le repos? le repos, trésor si précieux Qu'on en faisait jadis le partage des dieux I Rarement la Fortune à ses hôtes le laisse.
Ne cherchez point cette déesse, Elle vous cherchera : son sexe en use ainsi.
Certain couple d'amis, en un bourg établi, Possédait quelque bien. L'un soupirait sans cesre Pour la Fortune; il dit à l'autre un jour :
Si nous quittions notre séjour?
Vous savez que nul n'est prophète En son pays : cherchons notre aventure ailleurs. Cherchez, dit l'autre ami : pour moi, je ne souhaife
Ni climats ni destins meilleurs Contentez-vous, suivez votre humeur inquiète '
Vous reviendrez bientôt. Je fais vœu cependant De dormir en vous attendant.
L'ambitieux, ou, si l'on veut, l'avare,
S'en va par voie et par chemin.
Il arriva le lendemain En un lieu que devait la déesse bizarre Fréquenter sur tout autre; et ce lieu, c'est la cour. Là donc pour quelque temps il fixe son séjour. Se trouvant au coucher, au lever, à ces heures
Que l'on sait être les meilleures; Bref se trouvant à tout, et n'anivant à rien. Qu'est ceci? se dit-il, cherchons ailleurs du bien, La Fortune pourtant habite ces demeures; Je la vois tous les jours entrer chez celui-ci,
Chez celui-là : d'où vient qu'aussi Je ne puis héberger cette capricieuse ? On me l'avait bien dit, que des gens de ce lieu L'on n'aime pas toujours l'humeur ambitieuse. Adieu, messieurs de cour; messieurs de cour, adieu Suivez jusques au bout une ombre qui vous flatte. La Fortune a, dit-on, des temples à Surate : Allons là. Ce fut un de dire et s'embarquer. Ames de bronze, humains, celui-là fut sans doute Armé de diamant, qui tenta cette route. Et le premier osa l'abimc délier !
Celui-ci, pendant son voyage.
Tourna les yeux vers son village Plus d'une fois, essuyant les dangers Des pirates, des vents, du calme et des rochers, Minisires de la moit : avec beaucoup de peines On s'en va la chcrclier en des rives lointaines, La trouvant assez tôt sans quitter la maison. L'homme arrive au Mogol : on lui dit qu'au Japon La Fortune pour lors distribuait ses grâces.
Il y court. Les mers étaient hisses
De le porter; et tout le fruit